DEPISTAGE

Par: Yvan Amar

Dépister les terroristes ! C’est la tâche ardue à laquelle se livrent les services de police et de renseignement qui travaillent actuellement à la prévention des attentats… Mais, il ne s’agit pas seulement de dépister les terroristes : on dépiste aussi l’islamisme radical… Et Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur a décidé de mener un dépistage radical des éléments de radicalisation! Ce qui donne peut-être un nouvel écho au mot « dépistage »…

Le verbe dépister, dont procède « dépistage », se rencontre d’abord dans le vocabulaire de la chasse : « on dépiste du gibier »… c’est-à-dire qu’on le découvre en suivant sa piste… Ce qui est, en général, l’affaire du chien de chasse… mais le chasseur s’en mêle aussi, lorsqu’il examine des traces de passage, des branches brisées… quand il déchiffre le paysage pour en lire le passé récent…
De là, c’est sans difficulté que le mot est entré dans le vocabulaire policier… De même qu’on appelle les policiers des limiers ; au départ, les limiers sont des chiens de chasse…), on va appliquer tout un langage de la traque du chasseur à l’activité policière… Et quand un forfait a été commis, la police cherchera-t-elle et suivra-t-elle des pistes… qui, dans le meilleur des cas, les conduiront aux coupables… De là, les expressions « on est sur sa piste… on a une piste… ».
Mais, dans la phrase du ministre qu’on a relevée, il ne s’agit pas de retrouver les auteurs d’un crime passé, mais d’empêcher que se déterminent des terroristes dans le futur. Pourquoi alors parler de « dépistage » ?
Parce qu’on se rappelle un emploi très médical du mot. Le « dépistage », c’est la recherche des premiers éléments des maladies, des premiers indices qui permettent de découvrir qu’un patient est porteur d’un virus, d’une maladie en germe, avant même que la maladie ne se soit réellement déclarée. C’est pourquoi on parle souvent de dépistage précoce. Notamment, à propos du SIDA et surtout du cancer… Si on découvre une présence cancéreuse minime, on peut agir pour empêcher le cancer de se déclarer. On le prend à temps, et pour ainsi dire, on l’étouffe dans l’œuf. Et on arrive à éradiquer ce qui serait impossible à maîtriser si c’était attaqué plus tard…
Il est sûr que c’est cette image qui a abouti aux formules de Nicolas Sarkozy. La formule traite un peu le terrorisme comme une maladie du corps social… dont les imams qui embrigadent la jeunesse seraient les propagateurs. Il s’agit donc de repérer ce qui dans cette organisation sociale agit de façon pernicieuse, en amont du terrorisme, pour en fertiliser le terrain, pour préparer et endoctriner les exécutants. Identifier ceux qui font un travail souterrain entre le psychologique et le politique. Et agir précocement, c’est-à-dire avant que n’apparaissent des symptômes extérieurs.



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