COUP DE GRACE

Par: Yvan Amar

La Constitution européenne a-t-elle rendu son dernier soupir ? En tout cas, l’ajournement du référendum britannique sur cette question n’a rien fait pour la redynamiser… Et Le Monde, dans son édition d’aujourd’hui, parle même de coup de grâce à la Constitution. Comment comprendre cette image… C’est un peu l’équivalent du coup fatal ! Du coup décisif, qui de toute façon, entraînera la mort… Et l’image est assez tragique et violente… Le « coup de grâce » est, au départ, celui qui termine les souffrances… qui abrège les souffrances… Et souvent, on l’a employé pour un animal, par exemple… un cheval qui a fait une chute dont il ne pouvait guérir… et qu’on achève… Le « coup de grâce », c’est bien le coup qui achève…

Et l’expression s’est spécialisée dans le cadre d’une cérémonie dramatique : une exécution… quand quelqu’un était fusillé… après la salve tirée par le peloton d’exécution… un officier tirait un dernier coup à bout portant… cela faisait partie du rituel !
L’expression qu’on trouve en français, depuis le 18ème siècle, a été rapidement employée au figuré. Pour parler de l’ultime coup… du dernier stade d’un processus… Et, en général, de façon plutôt négative… puisque l’image de la mort est encore présente en filigrane…

Mais, ce peut être parfois plaisant… J’ai eu une remontrance de mon patron, je me suis démis l’épaule, j’ai trouvé une contravention sur mon pare-brise… Et en arrivant chez moi… le coup de grâce : ma clé se casse dans la serrure…

Cette expression est bien différente d’autres qui utilisent aussi le même mot… « Etat de grâce », par exemple… qui, lui aussi, a une utilisation figurée, ou du moins très affaiblie… L’ « état de grâce », dans un lexique chrétien désignant l’aide que Dieu apporte à l’homme pour qu’il soit en état de faire son salut… c’est-à-dire de sauver son âme, d’aller au paradis s’il meurt… C’est la question perfide que l’évêque Cauchon pose à Jeanne d’Arc.
Mais, la formule est usitée de façon très affaiblie… Pour un sportif, par exemple… qui peut tout se permettre et réussit ses coups comme par miracle, comme sans y penser… Et enfin, l’expression a pris, ces dernières années, un sens politique… Notamment, depuis la première élection de François Mitterrand… pour désigner les premières semaines de pouvoir d’un nouvel élu.



Go à la page principale d'archives