LA CONFIANCE REGNE

Par: Yvan Amar

« La confiance règne » C’est le titre du dernier film d’Etienne Chatilliez, dont on sait qu’il a un bonheur certain dans le choix de ses titres… qui, soit, passent en proverbe (La vie est un long fleuve tranquille), quitte à ce qu’on les détourne, et qu’on les mette fréquemment à la forme négative (leur mariage n’a pas été un long fleuve tranquille)… soit qu’ils finissent par désigner un certain type de personnage (Tatie Danielle pour une vieille femme acariâtre et méchante, Tanguy pour un jeune adulte qui reste un peu trop longtemps chez ses parents)

Avec « La confiance règne », il utilise une expression toute faite, assez bonhomme, et plutôt sympathique… Familière, populaire sans être vulgaire, c’est le type même de l’expression ironique : « Eh bien la confiance règne ! » Et on dit cela justement pour souligner que la confiance… ne règne pas, pour pointer du doigt une attitude, un geste qu’on trouve presque outrageant. « Tu as fermé la porte à clé ? –Oui oui… » Et malgré ça, on remonte vérifier… soupir… : « La confiance règne ». Ou lorsqu’on recompte l’argent qu’on vous doit… Ou quand on s’empresse de mettre son portefeuille à l’abri, alors qu’il traînait sur la table… Défiance exprimée, donc, mais presque toujours avec un petit sourire.

Ce qui est étonnant, c’est l’utilisation du verbe régner. Pourtant, on remarque que ce mot est bien souvent employé quand il s’agit d’une atmosphère, d’un climat… Il régnait une atmosphère de franche gaieté, d’insouciance… Ou au contraire... il régnait un climat lourd, d’angoisse, d’inquiétude… Comment expliquer ce glissement de sens, à partir d’une verbe qui signifie d’abord exercer son autorité. Le mot est de la famille de roi et, au départ, le règne est l’autorité royale et, en particulier, concrétisation et sa durée : sous le règne de Louis XIII… Mais, le sens s’affaiblit pour ne garder que l’impression d’influence, et d’une influence prédominante... Et dans ce sens, on est amené à utiliser le verbe à la forme impersonnelle : il règne… une atmosphère malsaine… ou même une chaleur lourde. Mais, l’usage du mot n’est pas toujours lié à des impressions négatives, et on dira volontiers… c’était le règne de l’amour et de la douceur… ou, au contraire, la corruption la plus totale régnait en ces lieux, ou encore, le désordre régnait… pour prendre un dernier exemple, moins moralisateur… Et si on veut en rajouter, on reprend l’imagerie du pouvoir et on dira « En ces lieux, la volupté régnait en maître... »



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