AUTORITÉ

Par: Yvan Amar

Après la réalité du retrait israélien, on accentue le fait que la bande de Gaza est maintenant passée sous le contrôle de l’autorité palestinienne… On sent bien que cette expression est vague, et que le vague de sa signification est révélateur d’une certaine situation politique… D’ailleurs, le flou ne rôde pas uniquement autour de ce mot d’autorité… La bande de Gaza n’est pas plus précise… Et si l’on parle de territoires… on voit bien que la langue, la langue des médias notamment, mais pas uniquement, s’embourbe un peu dans l’imprécis… sachant que tout ça n’a pas de position, de statut officiel, et reconnu de la même façon par tous… Alors, on nage dans le provisoire… même si ça dure des années…

Le territoire donc n’est pas un état… Et l’autorité… n’est pas un gouvernement… Qu’est-ce qu’on lui reconnaît alors ? Le fait d’exister… Non pas une reconnaissance officielle… mais juste celui de se rendre à l’évidence… Il y a un pouvoir palestinien, même s’il est parfois menacé ou ébranlé, ou contesté... Et pour faire avancer une situation provisoire, il faut pouvoir se parler… donc avoir des interlocuteurs… L’autorité est un interlocuteur international…

Pourquoi ce mot ? Il est particulièrement ambigu. D’abord, on l’a déjà noté, il est officieux.. Contrairement au mot pouvoir qui représente une puissance indubitable, même s’il n’est pas toujours légitime. Le mot d’autorité ne porte aucune idée de pérennité… Il donne l’impression d’être employé pour une organisation vague qui remplace un pouvoir inexistant, un pouvoir vacant. Comme si l’autorité, c’était du temporaire, du « en attendant »… du provisoire, parce qu’il faut bien expédier malgré tout quelques affaires courantes… Cette autorité est-elle là pour parer au plus pressé ? En tout cas, ça fait longtemps que ça dure… et c’est avec elle qu’on traite, quand on a à traiter…

Mais, pourquoi parler d’ambiguïté à propos de ce mot ? Parce que, en même temps qu’elle est transparente, presque inexistante d’un point de vue protocolaire, elle n’a rien du n’importe comment… Le mot autorité évoque quelque chose d’assez administratif… Non pas une gestion des affaires publiques à la sauvette, sans trace et sans protocole… Mais, au contraire, de la paperasse, de la signature, du tampon, des traces… Puisque, par exemple, c’est un mot qui s’est utilisé en France pour désigner certains organismes officiels : Haute autorité de l’audiovisuel, etc.

Et le mot, lui-même, en impose… L’auctoritas en latin, évoque un ascendant naturel, que nul pouvoir justement n’a besoin d’adouber. Et le mot en français, quand il est utilisé dans un contexte psychologique et non politique, renvoie à une certaine disposition qui donne à quelqu’un une possibilité de s’imposer à quelqu’un d’autre… Un professeur, un parent, un chef a de l’autorité, dit-on.. Et c’est parfois vrai… même si ce n’est pas une règle absolue.



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