GRAND ORAL

Par: Yvan Amar

Changement de capitaine à la tête de la Cour Suprême américaine. William Renqhuist étant décédé récemment, John Roberts a été désigné par George Bush pour le remplacer. Encore faut-il que cette nomination soit entérinée par le Sénat… Une formalité, dit-on… soit, mais il faut la remplir. Et depuis quelques jours, John Roberts doit présenter ses options principales, son projet, ses idées aux sénateurs qui l’écoutent. Présenter son programme ? C’est aller vite en besogne puisqu’il se défend d’en avoir un… Mais il va quand même tenter de convaincre un certain nombre de personnalités devant lesquelles il doit se présenter…

Un grand oral, dit la presse. Pourquoi un grand oral ? Cliché parmi les clichés, l’expression renvoie à une épreuve particulièrement redoutée lors de certains concours des grandes écoles françaises. On parle surtout du grand oral de l’ENA, et parfois de Sciences Po, l’Institut des Sciences Politiques : après un premier groupe d’épreuves écrites, les meilleurs candidats sont dits « admissibles » et se présentent à un second groupe d’épreuves, en général, orales. Parmi celles-ci, le grand oral… Il existe toute une mythologie autour de ce grand oral dont on fait tout un plat. Il fait peur, mais on s’en délecte : ça donne de l’importance au concours, à l’école, et donc aux candidats qui y entrent, et même à ceux qui n’y sont pas admis… Pourquoi un tel gonflement ? Parce qu’on dit qu’au-delà du savoir et même du savoir-faire, c’est sur cette épreuve que se jouent les derniers points, ceux qui feront qu’à compétence égale, ce sera plutôt Untel que Machin qui sera pris. Et on dit que toutes les questions sont permises, de la part d’un jury qu’on caricature sous les traits de pervers sardoniques. Et que ces questions sont censées être aux antipodes d’un savoir d’énarque, touchant aux goûts personnels, à la culture populaire… Surtout, on essaie de désarçonner le candidat, de tester sa résistance nerveuse, son esprit d’à propos, son sens de la répartie, son humour éventuellement. C’est donc l’épreuve de l’imprévu… à laquelle on ne sait trop comment se préparer. Pas vraiment de recette, en tout cas.

Et cette expression de grand oral s’est répandue pour désigner certains face-à-face… Notamment, la mise en présence d’un candidat et d’une assemblée qu’il doit convaincre. Même si l’enjeu de la rencontre n’est pas du tout l’entrée dans une grande école… En particulier, on parle grand oral lors des auditions de ceux qui souhaitent diriger les sociétés audiovisuelles, qui doivent présenter leur projet aux membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, en France. Ces candidats n’ont plus l’âge d’être des étudiants. Ils ont un passé important. Et la plupart du temps (surtout s’ils sortent vainqueurs de l’épreuve) ils auront plus de pouvoir et de notoriété de ceux devant qui ils se présentent. N’importe… On parle de grand oral. Enfin, et de façon plus métaphorique encore, lors de la dernière prestation télévisée d’un candidat à l’élection présidentielle, qui doit convaincre ses électeurs. Qu’est-ce qui fera la différence ? Une formule… une plaisanterie… une pirouette…



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