CHANCELIER

Par: Yvan Amar

L’Allemagne en mal de Chancelier !… C’est ce qui ressort des élections législatives qui ont eu lieu dimanche dernier, et dont le résultat serré empêche l’émergence incontestée d’une majorité gouvernante, et d’un leader pour la conduire. A la proclamation des résultats, on attendait donc encore le Chancelier… Quel drôle de mot, quel drôle de titre… C’est ainsi qu’on appelle en Allemagne, le chef du Gouvernement. Depuis relativement longtemps : depuis 1871, puisque le premier Chancelier fut Otto von Bismarck. Mais, Bismarck était un Chancelier bien différent de ceux que nous connaissons aujourd’hui : Chancelier impérial, il n’était ni élu directement, ni issu d’un vote : il était nommé par l’Empereur. Mais, la fonction de Chancelier a survécu à l’Empire. En 1919, la République de Weimar succède à cet Empire mais garde ses chanceliers. Et Hitler, en 1933, sera (brièvement) Chancelier de la République. Avec le Troisième Reich, le Chancelier disparaît, mais cette fonction de Kanzler réapparaît à partir de 1949, et Konrad Adenauer est le premier Chancelier fédéral.

En fait, le mot est bien vieux, en français comme en allemand et il a désigné des fonctions très diverses à travers les époques. Encore maintenant, selon les pays, il est associé à des situations variées.

Le mot vient du latin, cancellarius. Cancelli, pluriel de cancellus, c’est la grille, l’ensemble des barreaux. Le cancellarius est le préposé aux barreaux, le gardien, le garant de cette séparation entre deux espaces. Et, en particulier, à partir du IVème siècle, en latin déjà tardif, la grille qui sépare la Cour de justice du public. Une charge symbolique, donc, qui dès l’origine est responsable de l’autonomie de la justice, de son indépendance peut-être : on peut voir la justice rendue. Mais on n’y touche pas. Et cette relation étroite avec le monde judiciaire se maintiendra jusqu’à nos jours. En France, et en français tout au moins. Puisqu’on appelle encore aujourd’hui Chancellerie, l’administration centrale du Ministère de la Justice, en France, sous la Cinquième République.
Le Ministre de la Justice français n’est pas appelé Chancelier mais on l’appelle encore le Garde des Sceaux. Et précisément, la garde du sceau, d’abord sous la monarchie, était l’apanage du Chancelier. Ce qui explique qu’on parle encore de chancellerie dans les ambassades… où l’on délivre des documents qui portent le sceau de la République.
Le mot s’est retrouvé dans les administrations religieuses ou même universitaires.
Mais, aujourd’hui, on le trouve surtout à l’étranger, pour désigner des fonctions bien précises.
En Grande-Bretagne, le Chancelier de l’Echiquier est le Ministre des Finances. Pourquoi Echiquier ? Au départ, à cause du tapis à carreaux, comme un échiquier, qui recouvrait la table où se faisaient les comptes. Et, en Allemagne, on l’a vu, c’est le chef du Gouvernement.



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