JOURNÉE

Par: Yvan Amar

C’est aujourd’hui la Journée européenne des langues. Et cette journée a été fixée au 26 septembre, depuis 2001. Peut-être, regrettera-t-on que, cette année, elle ait un tout petit peu moins d’éclat que d’autres fois.
Mais, une journée ne peut avoir, chaque année, la même aura… Ça fait partie de l’histoire. En tout cas, il semble que s’ancre, dans les esprits, cette tradition de consacrer un jour, plus que les 364 autres aux problèmes des langues, et spécialement en Europe. En effet, on sait que la construction de l’Europe passe largement par le plurilinguisme et le brassage des langues qu’on y parle, notamment pour éviter que l’une d’entre elles ne développe un hégémonie dommageable à l’importance des autres.

Mais, il est intéressant de voir que ce mot de journée s’applique à ces célébrations. Et qu’elles se multiplient : journée consacrée à la maladie d’Alzheimer, il y a quelques jours, journée des femmes, journée des enfants… Jadis, on avait plutôt les fêtes : fête des mères, fête de la musique, fête du travail… La journée a-t-elle remplacé la fête ? Pas vraiment. Mais, ces fameuses journées sont davantage consacrées à un problème, à la réflexion sur des solutions à y apporter.
Et alors que la fête évoque souvent la célébration par excès, la journée prône parfois l’exemple par défaut : journée d’abstinence que sont les journées sans voitures, journées sans tabac. Mais, on trouve aussi des journées qui célèbrent : journée de la francophonie. Non seulement ça, mais on va parfois tirer jusqu’à la semaine : semaine de la langue française… Ou comme, en ce moment, semaine des cultures du monde.

Maintenant, on peut aussi se demander pourquoi on parle de journée et pas de jour. C’est essentiellement une question d’usage : il ne faut pas chercher trop de logique là dedans et des réponses définitives à toutes les questions. Mais, on peut quand même relever des tendances. Le mot journée évoque une durée, plus que jour.
C’est bien la fonction de ce suffixe –ée de donner l’idée d’un contenu : la cuillerée, c’est ce qu’il y a dans la cuiller ; la poignée, ce qui tient dans le poing… Et la journée, ce qui se passe dans l’espace d’un jour : le jour est donc ponctuel… quand la journée s’étend. Ce qui nous permet d’apprécier que le jour soit lié à une date : le jour de Noël, le jour de mon anniversaire, le jour où on a marché sur la Lune.

Alors que les journées sont davantage centrées sur l’emploi qu’on en fait. Les universitaires, les chercheurs, par exemple, aiment à rythmer leur année de journée d’étude : les journées Hegel, les journées Althusser… appellation qui fait peut-être moins rébarbatif que colloque ou séminaire : on se retrouve pour échanger discuter… pas à bâtons rompus, mais presque : la journée ne se nourrit pas que de travail : on mange, on sourit, on écoute… Ou on se souvient. Et les journées du souvenir sont nombreuses aussi pour se rappeler, ce qu’on n’aurait garde d’oublier.



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