ENA et ENARQUES

Par: Yvan Amar

L’ENA a été fondée en 1945. On fête ainsi ses soixante ans en ce moment, et c’est à cette occasion que se déroulera toute une série de conférences à Strasbourg. Soixante ans, c’est largement plus que l’âge de raison, l’âge en tout cas d’avoir marqué la langue de son empreinte. L’ENA c’est le sigle, l’acronyme peut-on dire, c’est-à-dire le sigle prononcé comme un mot, de l’Ecole Nationale d’Administration... qui est devenu assez vite le symbole des grandes écoles françaises : concours très difficile pour y rentrer, sélection extrême, position de pouvoir assurée à la sortie… l’ENA forme, comme on dit, l’élite de la nation, les hauts fonctionnaires de l’administration. Il y a un concours pour y entrer, et un classement pour en sortir, si bien que, selon son rang de sortie, on intègre le Conseil d’Etat, la Cour des comptes, l’inspection des finances, les corps consulaires, etc. on est donc censé faire tourner les rouages principaux de l’Etat. On peut remarquer donc que la Cinquième République a connu deux présidents qui sortaient de l’ENA (V. Giscard d’Estaing et J. Chirac)… les deux plus jeunes… Les autres, en effet, n’avaient pas l’âge d’avoir été étudiants après 1945. Ils n’avaient donc pas pu être énarques. Le grand mot est lâché : énarque ! C’est ainsi qu’on appelle ceux qui sont passés par l’ENA. Le mot a été formé très simplement sur ENA. Avec un vague jeu de mots qui plane au-dessus de sa formation : le mot se termine par la syllabe –arque… qui évoque le pouvoir et le commandement.

Monarchie donne monarque (le pouvoir d’un seul – monos).
Oligarchie donne oligarque (le pouvoir de quelques-uns).
ENA donne donc énarque, mot qui se glisse dans la même série. Ce qui permet, d’ailleurs, de mieux comprendre le sens du mot énarque : il ne s’agit pas, comme on pourrait le penser, des étudiants qui appartiennent à cette école. Mais de ceux qui en sont sortis. Et qui, exerçant le pouvoir, sont qualifiés d’énarques… Ainsi, ne dira-t-on pas : J. Chirac est un ancien énarque… Mais, c’est un énarque… Il l’est toujours ! Et les énarques n’ont pas toujours bonne réputation. On les considère souvent comme des intellectuels, des théoriciens, en tout cas. De ceux qui ont de la méthode, mais qui travaillent sur dossier, et n’ont pas comme on dit la pratique du terrain. C’est-à-dire des réalités concrètes et matérielles… L’énarque est au rebours de celui dont on dit qu’il s’est formé sur le tas. Il dirige une compagnie d’aviation sans trop savoir ce qu’est un avion, un pilote… Ou une compagnie de transport public sans prendre le métro. Et on se moque facilement de lui, de son arrogance supposée et de son manque de pratique.

Mais, il n’y a pas que l’ENA dont les élèves ou anciens élèves ont un nom spécial. On parle couramment des normaliens pour les élèves des Ecoles Normales Supérieures… Et des X pour ceux de polytechnique, qu’on ne se contente pas d’appeler des polytechniciens.



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