AVIAIRE

Par: Yvan Amar

La grippe aviaire poursuit son chemin, et l’inquiétude aussi, puisqu’on ne sait pas exactement quels sont les risques d’épidémie. Et quel est le danger exact représenté par les propagateurs de la maladie, les oiseaux, et notamment les oiseaux migrateurs.
Car la grippe aviaire, c’est bien la grippe des oiseaux. Tout au moins la grippe dont le virus est transmis par les oiseaux… Car la peur dont on témoigne est celle de voir les humains menacés sur une grande échelle… pas les oiseaux…

L’adjectif « aviaire » se comprend facilement, même si son emploi est rare : il signifie « qui se rapporte aux oiseaux ». Et il ne date pas vraiment d’hier. On a parlé de « peste aviaire », de « grippe aviaire », de « maladie aviaire » depuis l’extrême fin du XIXème siècle. Le mot est resté savant. Mais, le risque d’épidémie qu’on semble courir aujourd’hui fait que le mot est infiniment plus courant. Une autre expression, peu employée car technique est « péril aviaire », qui désigne les dangers que les oiseaux représentent sur les aéroports : se prendre dans une turbine d’avion, par exemple… Et ce n’est pas un pléonasme. Et pourtant, « avion » et « aviaire » sont de même racine. « Aviaire » a donc un rapport direct aux oiseaux… En effet, avis veut dire oiseau en latin. Mais, bizarrement, la racine est restée assez stérile jusqu’au XIXème siècle : personne ne s’était avisé de dériver des mots français de cette origine. Enfin… soyons sérieux : si on fait réellement de l’étymologie, on s’avise que le mot oiseau lui-même dérive (oh, lointainement !) d’avicellus, petit oiseau. Mais, c’est une dérivation populaire qui nous ferait remonter au plus ancien Moyen-âge… Une pie n’y reconnaîtrait pas ses petits. Et le français contemporain a bien du mal a reconnaître son ancêtre latin. Mais, le siècle industriel arrive, et soudain. Hop ! On s’intéresse à la science… et la science s’intéresse aux oiseaux.
Là encore, attention ! : c’était déjà le cas auparavant. Mais, les scientifiques, souvent snobs et en quête de reconnaissance et de sérieux, s’adressaient au grec plus qu’au latin. Donc, on avait des dérivés d’ornithos : ornithologie, ornithomancie (divination d’après le vol des oiseaux) apparaissent au XVIIème, XVIIIème… Mais au XIXème, on fait de la science appliquée : on invente donc l’aviculture, l’élevage des oiseaux, et l’aviculteur, celui qui la pratique. On n’élevait donc pas les oiseaux avant ? Si si… mais de façon bien plus épisodique, presque familiale… On parlait d’oisellerie, d’oiseleur… pas d’aviculteur. Papageno, par exemple, dans l’opéra « la Flûte enchantée de Mozart » est un « gai pipeur d’oiseaux »… Charmant… mais pas industriel !

Mais là, où l’histoire de la langue déjoue les calculs les plus astucieux, c’est lorsque le inventions s’en mêlent. La magie de l’oiseau… c’est qu’il vole. Et c’est en voulant voler que l’homme a le plus emprunté à l’oiseau, je veux dire à l’avion… qui dérive directement d’avis. Le mot a été créé par Clément Ader qui mettait ses pas dans ceux de La Landelle et de Ponton d’Amécourt, visionnaire du langage qui, vers 1860, anticipait sur les inventions à venir, et créait les mots d’aviateur et d’aviation.



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