VIDEO

Par: Yvan Amar

Les propositions du ministre Nicolas Sarkozy, en matière de lutte contre le terrorisme, font ressortir le mot vidéo surveillance. C’est ainsi qu’on appelle les systèmes de surveillance opérés à l’aide de caméras dont les images sont consultables sur des circuits de télévision interne.
La vidéo, ce n’est donc pas ce qu’on appelle communément la télévision. Pourquoi ? On a l’habitude de considérer comme télévision ce qui est diffusé sur une chaîne hertzienne ou câblée. C’est-à-dire un flux d’images mis à la disposition du public à une certaine heure et dans un certain ordre : un film, un journal, une série de messages publicitaires, les prévisions du temps qu’il fera peut-être demain…
La vidéo, c’est autre chose. Comme un genre d’images domestiquées. Qu’on peut se projeter quand on veut, comme on veut. Il suffit de posséder un vidéogramme, et un appareil permettant de le lire. Un vidéogramme ? C’est-à-dire une cassette vidéo, de norme VHS, par exemple (video home system). Ou ce qu’on appelle maintenant un DVD, digital video disc (ou versatile…) Que de sigles, et que de sigles anglais, pour des technologies souvent américaines, mais parfois japonaises. Mais, même quand c’est le cas, c’est l’anglais qui sert de média principal de divulgation vers l’Occident.

Mais attention, la vidéo n’est pas le cinéma : il ne s’agit pas de projeter un film sur un écran. Il s’agit de le faire apparaître sur un écran de télévision. C’est ainsi qu’on différencie les caméras de cinéma des caméras vidéo : la technique est toute différente. Et les mots aussi. Le cinéma, art de l’image animée, tire son nom du grec : cinéma évoque mouvement. Kinématos signifie mouvement en grec. La photo, art de l’image fixe, vient aussi du grec : et le radical photo évoque, au départ, la lumière. Alors que vidéo vient du latin.
Video est un verbe et, même plus exactement, la première personne du singulier du verbe qui signifie voir. Video, c’est je vois. Mais, on a coutume, lorsqu’on apprend le latin, de désigner les verbes par cette première personne, plutôt que par l’infinitif comme en français, ou dans les langues vivantes.
Cet « o » final s’est révélé bien pratique. Car il peut servir de voyelle finale, à la manière de nombreuses abréviations qui sont devenues des mots à part entière, à force d’être abrégés : piano, stylo, auto…
Mais ce « o » peut aussi passer pour la voyelle de contact qui permet de relier deux mots : au lieu de parler d’un traité théologique et politique, on parle de théologico-politique, de phénomènes socio-économiques, d’anarcho-syndicalisme, de propagande crypto-communiste ou d’engin hydro-pneumatique.
Le « o » final de vidéo est bien différent, mais dans l’inconscient linguistique, il fonctionne presque de la même façon. Pas tout à fait : il ne s’agit pas de lier deux idées parallèles.

Mais, c’est bien pratique quand même pour servir de boulon entre deux radicaux. Et c’est ainsi qu’on peut parler de vidéosurveillance, de vidéocassette, de vidéogramme, de vidéothèque ou de vidéoclub. Et un phénomène presque semblable s’était produit avec le radical audio qui, lui, renvoie à l’idée d’écoute, à travers un autre verbe latin : audire.



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