CRAN

Par: Yvan Amar

Le CRAN ! Plutôt bien choisi comme acronyme pour cette toute nouvelle association qui regroupe des « Noirs de France ». Mais avant de voir pourquoi l’acronyme est bien choisi, autant nous demander ce qu’est un acronyme… C’est en fait la prononciation syllabique d’une suite d’initiales. C’est le fait de prononcer un sigle comme un mot : l’ENA, l’ONU, FIAT… sont des acronymes célèbres, devenus presque des noms propres. Alors que SNCF ou EDF sont des sigles, mais pas des acronymes : impossible de les prononcer d’un seul tenant ! Et souvent, lorsqu’on crée une société ou une association, on s’efforce de lui donner un nom dont l’acronyme évoque une image précise. Pour faire une manière de calembour. C’est bien pour ça que le CRAN est bien nommé : ce conseil représentatif des associations noires fait bien penser à un geste qui s’impose, et qui ose s’imposer… C’est bien ce qu’évoque le cran.

Avoir du cran est une expression qui signifie avoir de l’audace. Et surtout ne pas se laisser impressionner. Au-delà de l’insolence ou de la simple impertinence, on est plutôt dans le registre d’une intrépidité tranquille, d’une sûreté de soi qui amène à oser... Ça se rapproche du culot, du toupet. Mais, ces deux derniers mots évoquent une volonté de provocatrice qu’il n’y a pas dans le cran, plus impavide. Et quand on dit de quelqu’un « il a du cran », c’est toujours laudatif, positif ; c’est toujours un éloge, un compliment. Alors que quand on dit « quel culot ! Quel toupet ! », on est dans l’indignation, la réprobation, le plus souvent… « Quel cran ! » c’est bien différent.

Mais, comment en est-on arrivé là ? Un peu difficile à dire, et un peu mystérieux ! Au départ, le cran est une entaille, une encoche, où l’on peut par exemple accrocher quelque chose. On parlera des crans d’une crémaillère, qui permet par exemple dans une cheminée, d’accrocher plus ou moins haut, selon le cran qu’on choisit, la marmite qu’on place au-dessus du feu. L’image de la ceinture n’est plus très loin : on y distingue les différents trous qui permettent qu’on serre ou qu’on desserre plus ou moins. De là, l’expression figurée « monter d’un cran », c’est-à-dire passer à la vitesse supérieure, franchir un pas, aller un petit peu plus loin.

Et de façon fort bizarre, je vous l’accorde, cette façon de dire a fini par faire naître l’expression « avoir du cran »… pour dire avoir de l’endurance, de l’énergie.
Le mot « cran » n’a pas fini de nous étonner… Parce que, il y a quelques siècles, on l’a mis dans le même panier que crâne… Et ce dernier mot, dont le premier sens est bien sûr de désigner le squelette de la tête, a aussi voulu dire courageux, hardi… (avoir la tête fière… ?) D’où le verbe « crâner » qui a d’abord signifié être brave, puis singer la bravoure, feindre le courage, faire semblant… par une gesticulation un peu ridicule. Et le « crâneur » n’est rien d’autre que le prétentieux qui prétend en imposer, se vante, se présente avec une certaine ostentation pleine de fatuité.



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