FRANÇAFRIQUE

Par: Yvan Amar

En marge du sommet de Bamako, cette conférence des chefs d’états d’Afrique et de France, on parle et on entend parler de « Françafrique ». Drôle de mot qui appartient au vocabulaire politique qui concerne la France et l’Afrique… Enfin, un vocabulaire politique qui veut dénoncer, montrer du doigt, déplorer, accuser un certain type de relation, entre la France et l’Afrique. Relations réelles ou supposées… mais ce n’est pas notre propos, nous nous occupons de langage.
En tout cas, le terme est fortement connoté… c’est-à-dire qu’il porte avec lui une certaine opinion, et même une mauvaise opinion sur les relations franco-africaines.
Un peu d’histoire : ce mot de « Françafrique » est né dans les années 60, après les indépendances africaines. Et c’est Félix Houphouët-Boigny, chef d’état ivoirien qui le « lance », qui l’invente vraisemblablement, en tout cas, qui le prononce. Qu’est-ce qu’il entend par là ? La nouvelle donne franco-africaine, les nouvelles relations entre le gouvernement français et les gouvernements africains, l’invention d’un nouveau type de rapports entre des pays nouvellement indépendants et leur ancien colonisateur. Le terme reste dans les mémoires, sans qu’il soit devenu spécialement à la mode, sans qu’il ait eu un succès absolu… Mais il est là.

Et c’est le terme qui est choisi longtemps après, avec une intention délibérément polémique pour caractériser ces rapports entre la France et certains pays d’Afrique. C’est François-Xavier Verschave qui, parmi les premiers, se réempare du mot. Et on voit d’ailleurs, dans ses écrits successifs, que le mot vient petit à petit sous sa plume. « France » « Afrique » en deux mots… puis en un seul mot… Dans « Françafrique », le crime continue, et dans « Noir silence », le mot est central. Et il désigne les rapports de domination secrets sous-jacents que, d’après l’auteur, la France et certains responsables africains ont tissés. Le mot est assez habile car, justement, il évoque un tissu ininterrompu, un lien qui nie la discontinuité territoriale et la distinction entre les Etats. Il exprime l’intrication totale entre les pouvoirs, le tout en sous-main, à grand renfort de services secrets ; il évoque ces réseaux mystérieux auxquels le non-initié ne comprend rien.

Alors, il ne s’agit pas même d’ingérence. Par ingérence, on entend l’intervention abusive d’un état dans les affaires d’un autre. Mais, ces interventions prennent souvent des formes officielles : une influence qui va un peu loin, un avis donné, voire une leçon qu’on se permet de faire à un voisin… on se mêle de ce qui ne nous regarde pas. On pourrait dire également intrusion ou immixtion, des mots plus ou moins fréquents qui évoquent le fait de s’introduire sans en avoir le droit dans un espace, un milieu, une affaire où l’on n’est pas censé être. « Incursion » est plus concret encore. On est loin ici de l’impression savamment indirecte laissée par le mot « Françafrique ».



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