DETTE

Par: Yvan Amar

« La France face au mur de la dette » « Le rapport Pébereau évalue la dette publique à 1.100 milliards ». Dans le Figaro d’hier, dans le Monde d’aujourd’hui, les titres à la une s’interrogent sur la dette de la France. Ce qui nous permet à nous de nous interroger sur ce mot de « dette ». Nous n’allons pas nous poser la question de savoir comment la résorber, cette dette, mais d’abord de savoir à quoi elle correspond... Si la France a une dette si forte, cela inquiète : on nous parle d’assainissement nécessaire des finances publiques… S’il faut assainir, c’est que la dette est vue comme malsaine. Si l’on nous parle de maîtriser les finances publiques, c’est que la dette est considérée comme le résultat d’un laisser-aller, d’une absence de contrôle des finances publiques… La dette fait donc suite à un excès de dépense publique. Et elle est constituée de la différence entre les dépenses et les recettes. Dépenses réelles ou dépenses à venir… On parle même de dette virtuelle, qui fait intervenir les engagements de l’Etat pour l’avenir : la retraite des fonctionnaires pour les années qui viennent, par exemple, constitue un élément de la dette virtuelle de la France.

On parle donc de « dette », mais aussi d’ « endettement », qui renvoie à la situation de celui qui a une dette, qui est endetté. C’est à la fois la situation… et le processus qui a amené à cette situation. Quant au « désendettement », c’est bien sûr l’inverse, le processus qui, progressivement, permet de réduire la dette.
Ces situations économiques qui engagent les Etats sont-elles exactement les mêmes que celles qui engagent les individus ? Et les mots sont-ils utilisés de la même façon ? Pas exactement.

L’utilisation du singulier est presque uniquement réservée aux affaires de l’Etat, à la grande économie politique. Les gens ordinaires ont plutôt des dettes… pas une dette. On peut avoir une dette particulière vis-à-vis de quelqu’un… mais on a plutôt des dettes… Surtout si on en a beaucoup, si on est comme on dit traditionnellement couvert de dettes… criblé de dettes… On dit « couvert de dettes » de façon très métaphorique… Et bizarrement, ce participe « couvert » s’utilise assez peu en métaphore… sauf quand on dit d’un Dom Juan qu’il est « couvert » de femmes… Etrange analogie. Quant à « criblé »… on a l’impression qu’on est percé de dettes… Comme si on avait été la cible de dettes innombrables… Un peu comme on dit de quelqu’un qu’il a le visage criblé de taches de rousseur… Et, probablement, la ressemblance entre les mots « crible » et « cible » n’y est pas totalement pour rien… même si, étymologiquement, il n’y a aucun rapport… Et l’analogie entre le débiteur (celui qui a des dettes) et une cible, percé de flèches, ou de projectiles divers contribue à le montrer sous la forme d’une victime, en tout cas de quelqu’un qui est dans une terrible posture. Pourquoi si terrible ? Parce qu’il doit… Que doit-il ? Doit-il rembourser ? Oui, certainement… Mais au-delà de ça… il doit tout court, puisque « doit » et « dette » appartiennent à la même famille.



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