SANS DOMICILE FIXE

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

E.LATTANZIO : SDF. Un sigle qu'on entend beaucoup.

Y.AMAR : Hélas oui ! Parce que l'expression et la réalité qu'elle
recouvre se répandent.

E.LATTANZIO : SDF est mis pour "sans domicile fixe".

Y.AMAR : On voit bien qu'au départ, l'expression cherche à adoucir
ce qu'elle représente. Elle n'a rien d'argotique ou de familier.
Mais on édulcore : il s'agit de gens tout à fait ordinaires, sauf
qu'ils n'ont pas de domicile fixe.

E.LATTANZIO : En même temps, le terme est un peu aseptisé, car il
est administratif : on enlève la brutalité douloureuse de cette
situation qui fait que les gens sont à la rue et dorment dehors,
quelque soit le froid.

Y.AMAR : Mais comme ce mot de SDF est très courant, tout le monde
sait à quelle violence il correspond.

E.LATTANZIO : Il y avait aussi l'écho d'expressions anciennes :
"sans feu ni lieu", locution qui remonte à l'ancien français. Le
feu représente le foyer, donc la famille.

Y.AMAR : Quant au lieu, il renvoie à un endroit, une maison, mais
en même temps à une idée de filiation. Mais si l'expression tient
si bien, c'est qu'elle est bien formée, avec sa rime intérieure et
sa symétrie. Et elle fait penser à une autre locution : "sans foi
ni loi".

E.LATTANZIO : On retrouve assonnance et symétrie. Mais cette
expression proverbiale pointe des défauts, des manques de moralité
: pas de scrupule. Donc on assimile celui qui n'a pas de domicile
ni de famille (sans feu ni lieu) à celui qui n'a pas de conscience
(sans foi ni loi).

Y.AMAR : C'est grave, mais c'est comme ça dans la langue. Et si
l'on parle de clochard, la double idée est encore là. D'ailleurs
l'argot rattrape ce mot et très péjorativement, on entend parler
de "clodo", ou en verlan (c'est-à-dire en mettant les syllabes à
l'envers) de "charclo". C'était Parler au Quotidien, une émission
proposée par le Centre National de Documentation Pédagogique ...

E.LATTANZIO : ... Et par RADIO FRANCE INTERNATIONALE.

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