ORTHODOXE

Par: (pas credité)


Y.AMAR : Bonne année Evelyne ! Le 13 janvier, c'est le Nouvel An
russe ! Le 1er janvier du calendrier orthodoxe, dont on sait qu'il
est décalé de treize jours par rapport au calendrier dit romain,
le calendrier occidental.

E.LATTANZIO : Pourquoi "orthodoxe" ? Parce que c'est par cet
adjectif qu'on désigne en Occident les Eglises chrétiennes
d'Orient. Le mot n'est donc pas très précis, puisqu'on qualifie
aussi bien d'orthodoxe l'Eglise russe que la grecque ou la
bulgare.

Y.AMAR : Cet adjectif est étonnant : d'abord parce que ce n'est
qu'au 19ème siècle qu'il s'est appliqué à ces Eglises, alors même
qu'elles sont séparées de Rome depuis 1054, et constituées depuis
le 6ème siècle. En Angleterre, le mot existe avec ce sens depuis
le 17ème siècle. Est-ce à dire qu'orthodoxe est un anglicisme ?
Presque.

E.LATTANZIO : Le plus bizarre est que le mot contredit la
tradition ethnocentrique qu'ont les langues en général. En effet,
ce mot, au sens littéral signifie "conforme à la vraie foi", à la
vraie loi divine. On s'attendrait donc à entendre parler d'Eglise
orthodoxe dans un pays dont c'est l'église principale, et non pour
désigner une tradition lointaine.

Y.AMAR : Menons l'enquête étymologique : orthodoxe est formé de
deux racines grecques : "ortho" = vrai, correct (ex : orthographe)
et "doxa" = opinion, puis foi, croyance. Orthodoxe veut donc dire
"conforme à la vraie doctrine". Il a été utilisé comme contraire
d'hérétique dès le début de la Renaissance, et appartient au
vocabulaire des querelles religieuses, pour désigner les "bons
chrétiens", ceux en tout cas qui ne se laissent pas séduire par
les sirènes de la Réforme. Son sens est donc, non seulement
différent, mais quasiment opposé à celui qu'on lui donne
couramment actuellement. On parle encore souvent d'orthodoxie, non
pas dans un contexte religieux, mais lorsque une pensée ou une
pratique est soumise à une règle très stricte, considérée comme un
presque dogme. En politique, par exemple, on a souvent parlé de
l'orthodoxie communiste. Ou bien dans le domaine de l'esthétique,
on parle d'orthodoxie surréaliste (Breton), d'orthodoxie sérielle
(Darmstadt, années 50) ou encore d'orthodoxie freudienne chez les
psychanalystes. Tout ça est un peu étroit et bas de plafond : peur
de la liberté et de l'hérésie.

E.LATTANZIO : Orthodoxe a un autre contraire qu'hérétique : c'est
"hétérodoxe", autre mot savant à origine grecque, qui signifie
"autre que la (vraie) doctrine", par conséquent qui en dévie, qui
s'en éloigne. Mais ce mot est peu employé à l'heure actuelle et a
toujours gardé son sens propre.

Y.AMAR : Par contre, "orthodoxe", dès le 18ème siècle, a été
employé ironiquement, dans le sens "conforme à la doctrine
dominante, conforme à ce que l'on doit penser, ce que l'on est
censé penser". On l'a d'ailleurs employé par dérision à la forme
négative : "tout ça n'est pas très orthodoxe = pas très
catholique" (même image, d'ailleurs employée antérieurement et qui
a servi de modèle).

E.LATTANZIO : C'est toujours dit avec le sourire, avec l'idée
qu'on est des petits malins, pas vraiment à cheval sur les
principes, mais que le résultat est là.

Y.AMAR : Le mot s'applique rarement au but à atteindre, mais
désigne plutôt les moyens utilisés : ce journaliste utilise des
méthodes pas très orthodoxes pour glaner son information, mais il
la trouve (noter le ton très oral et la négation sur l'adjectif,
qui montre bien que c'est une expression toute faite).

E.LATTANZIO : Ce chimiste utilise des procédures pas très
orthodoxes dans ses recherches, mais comme il a une bonne
intuition, il finit par inventer de nouvelles pâtes dentifrices
qui font la nique aux caries les plus vicieuses ...




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