INVESTIR

Par: (pas credité)


Y.AMAR : Cette semaine a eu lieu l'investiture du nouveau Président
des Etats-Unis. Bill Clinton succède à Bill Clinton.
On savait bien qu'il était élu, mais jusque là, il terminait son
ancien mandat.

E.LATTANZIO : L'investiture, qui se traduit par quelques
cérémonies pompeuses (et pas plus aux Etats-Unis qu'ailleurs) est
le geste symbolique qui scelle la confiance que pour quatre ans la
nation américaine lui accorde. Depuis Clovis et Napoléon, les
choses ont-elles tellement changé ? Il s'agit bien d'un sacre,
tout laïque qu'il soit : Clinton est investi de son pouvoir.

Y.AMAR : Ce sens du verbe investir est évidemment figuré, mais
c'est le premier sens figuré qu'a eu ce verbe. Investir est de la
même racine que vêtement et vêtir. Le verbe signifie en latin se
draper, revêtir... et donc très vite "revêtir un habit
symbolique" donc prendre "possession d'un honneur ou d'une
charge".

E.LATTANZIO : Mais ce verbe investir a des sens dérivés très
nombreux, très différents, certains fort anciens, d'autres récents
et à la mode, ce qui en fait l'un des mots les plus divers qui
soient.

Y.AMAR : Ce verbe ayant signifié entourer très étroitement (comme
avec un vêtement), il est devenu synonyme de "cerner" et donc
d'"attaquer" (un vaisseau, une place-forte). Puis le sens a
légèrement changé pour passer d'attaquer à "maîtriser, prendre
possession de".

E.LATTANZIO : Plus récemment (début XXème siècle), sous
l'influence de l'anglais, qui lui-même avait emprunté ce sens à
l'italien (début XVIIème siècle), investir a pris un sens économique
et financier : investir de l'argent, c'est placer de l'argent
(dans une entreprise) avec l'idée que cette opération sera
fructueuse dans l'avenir : à terme, ça va rapporter, même si les
résultats ne sont pas visibles tout de suite : on investit
aujourd'hui dans la recherche médicale pour avoir demain une
médecine efficace.

Y.AMAR : Le verbe s'emploie avec un complément direct : investir
de grosses sommes... ou pas. Investir dans la pierre (quoi ou
combien, on ne le dit pas). Par conséquent il est parfois synonyme
de ne pas lésiner : j'ai investi dans la peinture : soit j'ai
acheté un Basquiet soit j'ai passé trois couches de novémail. Son
emploi est parfois ironique, et quitte alors le vocabulaire
financier ou bancaire : j'ai beaucoup investi dans l'apparence
avant mon dîner avec Louis (= je me suis acheté une chemise Agnès
B. et un nouveau fard à paupières qui m'a coûté la peau des
fesses).

E.LATTANZIO : Moins ironiquement, investir peut devenir
l'équivalent de consacrer : investir du temps, de l'énergie.
Enfin, sous l'influence du vocabulaire psychologique, l'expression
s'investir est on ne peut plus à la mode. S'investir dans une
activité, une relation, c'est se donner, avec une nuance très
affective : ça prouve que l'activité en question compte beaucoup.
A l'inverse, être désinvesti, c'est être démotivé, indifférent,
extérieur...


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