MODERNE

Par: (pas credité)


Y.AMAR : Beaubourg a vingt ans et vieillit, mal par certains
côtés. En tout cas, le bâtiment, sinon le contenu, le Musée
National d'Art Moderne.Mais tout Beaubourg est dédié au "moderne".

E.LATTANZIO : Est-ce à dire que ce qui est moderne vieillit ?
Certainement. Et le moderne, en vieillissant, cesse-t-il d'être
moderne ? Pas forcément, mais parfois oui ...

Y.AMAR : Tout ça parce qu'on peut considérer deux grandes
catégories de significations du mot "moderne" : le mot renvoie à
une idée de nouveauté, qui tranche avec le passé, qui est
caractéristique d'aujourd'hui, donc il renvoie souvent à une idée
de neuf et d'inédit.

E.LATTANZIO : En ce sens, ce qui est moderne maintenant ne le sera
plus dans vingt ans parce que "démodé". Donc en vieillissant, le
moderne cesse d'être moderne. L'étymologie est d'ailleurs
passionnante, puisque, liée à la "mode" ("modus"), le mot dérive
directement du latin "hodiernus" = aujourd'hui.

Y.AMAR : Mais il arrive aussi que le mot soit fixé par l'histoire,
ce qui est à un certain moment qualifié de moderne garde ce
qualificatif par la suite. Moderne devient une catégorie (même
floue) : l'art moderne, en gros, commence après l'impressionnisme.

E.LATTANZIO : C'est pourquoi moderne peut être employé pour
désigner une époque et un ensemble de styles ou de tentatives
historiquement datés. On a même l'expression "modern style" qui
désigne (péjorativement au début) une école d'art décoratif venue
de décorateurs initialement localisés à Nancy à la fin du 19ème
siècle (on parlera plus tard, et plus généralement pour cette
école "d'art nouveau").

Y.AMAR : On retrouve l'opposition dans la périodisation des
historiens : Temps Modernes (1492-1789) par opposition à
l'Antiquité ou au Moyen-Age.

E.LATTANZIO : Et souvenez-vous de la "Querelle des anciens et des
modernes" : épisode de la vie littéraire du 17ème siècle qui vit
s'affronter les tenants de l'imitation des "Anciens", les auteurs
de l'Antiquité (Racine, La Fontaine, La Bruyère) et les écrivains
convaincus de la supériorité des auteurs de l'époque de Louis XIV,
les "Modernes" (Perrault, Fontenelle).

Y.AMAR : L'adjectif "contemporain" a souvent servi au 20ème siècle
à réactualiser du moderne qui commençait à prendre la poussière.
Dans certains domaines (le domaine musical) il a suivi un peu la
même évolution que "moderne".

E.LATTANZIO : La musique savante, sérielle, des années 50, musique
âpre et difficile, est encore appelée de nos jours "musique
contemporaine", malgré ses quarante ans d'âge. Pourtant le mot n'a
pas l'autonomie de moderne et il a gardé un écho de son sens
littéral:si je parle d'Art Contemporain, je parle d'un art qui se
développe à l'époque même où je parle. L'adjectif s'utilise
beaucoup dans les arts plastiques.

Y.AMAR : Parfois, les jeunes artistes qui veulent secouer le
cocotier et, faire différemment de ce que faisaient leurs aînés,
évitent de leur voler cette étiquette : au lieu d'être modernes à
la place des modernes, ils se déclarent simplement "post-modernes"
(architecture, musique, etc ...) ce qui ne va pas d'ailleurs sans
la revendication d'un certain retour au classique.



Go à la page principale d'archives