CARNAVAL

Par: (pas credité)


E.LATTANZIO : Ça y est, c'est le carnaval : vieille fête
populaire, encore vivante et pas uniquement touristique dans des
endroits très divers (Nice, Lille, Bâle, Antilles, Rio...). Et le
carnaval évoque des images de déguisement, de liesse populaire
débridée.

Y.AMAR : Etymologie tortueuse, inhabituelle mais intéressante :
mot à mot, ça vient du bas-latin "carne levare = ôter la chair",
ce qui est parfois faussement expliqué du fait qu'on se déguise,
qu'on se masque, donc qu'on change sa physionomie, "qu'on s'ôte sa
chair".

E.LATTANZIO : Bien trop séduisant pour être authentique,
évidemment! La vérité est autrement compliquée. Le carnaval se
situe à l'orée du carême rituel des chrétiens et pendant ce carême
il convient de jeûner : "jejunum levare = soutenir, respecter le
jeûne". Par plaisanterie, on a pu inverser la phrase : "carne
levare = respecter la viande, la bonne chère".

Y.AMAR : En tout cas le premier sens du carnaval est l'entrée en
carême. Il s'agit de la ripaille qui précède l'abstinence.
L'imagerie en est bien connue : masques, défilés, parades, chars
décorés, grandes marionnettes que parfois, à la fin du carnaval,
on brûle. La marionnette (mannequin, figurine) étant le symbole de
la fête, c'est le nom de la fête qui finit par la désigner : on
brûle Carnaval (personnification) ou même aux Antilles on brûle
Vaval.

E.LATTANZIO : L'adjectif "carnavalesque" existe, mais semble-t-il,
est récent et d'usage plutôt savant (il apparaît paraît-il dans le
sillage des travaux de Bakhtine).

Y.AMAR : Le mot "carême", lui aussi a une étymologie populaire,
moins compliquée que celle de carnaval. Il dérive de "quaresima",
déformation de "quadragesima" = le quarantième (jour avant
Pâques). Mot ancien, qui aujourd'hui, sans être archaïque, sent
bon le Moyen-Age. D'ailleurs on le trouve dans de nombreuses
expressions anciennes ou sorties d'usage.

E.LATTANZIO : "Carême-prenant", après avoir désigné les trois
jours qui précèdent le Carême (c'est-à-dire en gros le Carnaval) a
désigné une personne grotesquement accoutrée, comme déguisée pour
le carnaval. On trouve notamment l'expression dans le Bourgeois
Gentilhomme.

Y.AMAR : Et puis on a de nombreuses expressions savoureuses :
tomber comme mars en Carême = se produire inévitablement, arriver
comme marée en carême = tomber à pic.



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