CRASH ET JET

Par: (pas credité)


Y.AMAR : La grève d'Air Inter Europe nous amène à parler avion et
en particulier à nous interroger sur les anglicismes aéroportés.

E.LATTANZIO : Un arrêté ministériel a tranché. Une récente lettre
du CSA s'en fait l'écho : lorsqu'un avion "s'écrase", il
"s'écrase". Il ne se "crashe" pas.

Y.AMAR : Se crasher (s'écraser pour un avion) est un anglicisme
récent, qui a séduit le jargon des médias, dont il est peu sorti.
Un "crash" est un écrasement (ou une catastrophe aérienne).

E.LATTANZIO : Bien que les avis divergent : crash a souvent été
employé dans la presse dans le sens d'atterissage de fortune,
difficile, imprévu. Cet emploi est même attesté par les
dictionnaires (Larousse, Robert).

Y.AMAR : Mais l'anglicisme est proscrit. Les querelles sont
prévisibles : l'histoire et les traces laissées par l'aviation
dans la langue française sont jalonnées d'anglais.

E.LATTANZIO : Des premiers appareils jusqu'aux plus modernes,
doit-on parler de "cockpit" ? Mot qui en moyen anglais désigne une
arène pour combats de coqs.

Y.AMAR : Passe dans la marine : partie du faux pont où, sur un
bateau, on soigne les blessés, durant un combat naval. Puis partie
d'une embarcation où l'on s'asseoit. Puis, enfin, partie où
s'installe le pilote d'un avion.

E.LATTANZIO : En français le mot résiste à ses équivalents : poste
de pilotage (pour un gros appareil), habitacle (pour un plus
petit).

Y.AMAR : Malgré tout, il fait un peu ancien, comme d'autres :
c'est que la langue et la technique évoluent.

E.LATTANZIO : Regardez "jet". Tout un débat autour de ce mot il y
a quelques dizaines d'années. En français on dit "avion à
réaction" (= à turbo propulsion). Mais aujourd'hui qu'en est-il de
toute cette ébullition ? On ne dit plus ni jet ni avion à réaction
: neuf fois sur dix on dit avion. Car on ne nomme que la minorité,
l'exception, le remarquable : aujourd'hui tous les appareils
importants sont à réaction. Donc inutile de le préciser.

Y.AMAR : En revanche, on dit, pour préciser : un avion "à
hélices", le cas échéant. La queue de cette comète, c'est
l'expression "jumbo jet" pour désigner un appareil gros porteur.

E.LATTANZIO : Autre anglicisme critiqué : "charter" = avion
affrêté par une compagnie pour effectuer un vol ou une série de
vols, mais (tout au moins au départ) pas une ligne régulière.
Cette pratique des charters, au début des années 70, a démocratisé
les voyages lointains et à terme a fait baisser les tarifs des
compagnies régulières.

Y.AMAR : Le verbe "charteriser" est sévèrement critiqué (préférer
"affrêter" un avion). Mais "charter" est passé dans la langue
courante : "On a pris un charter pour aller à Abidjan ..."



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