POLAR

Par: (pas credité)


Y.AMAR : "Métropolar"! Bravo pour l'imagination linguistique,
l'expression est bien trouvée. On entend "métro", on entend
"polar", mais on entend aussi, en filigrane, "métropole" ou
"métropolitain". L'association des deux mots "métro" et "polar"
fonctionne donc comme un calembour, un jeu de mots. Qu'est-ce que
"Métropolar" ? Une opération qui consiste à installer des
distributeurs automatiques de romans policiers dans les
principales gares du RER parisien, cette extension du métro. Prix
du roman : 10 francs.

E.LATTANZIO : Un "polar" c'est donc un "roman policier",
abréviation familière, argotique mais sans vulgarité, et qui
convient bien à ce genre littéraire friand lui-même de tous les
argots.

Y.AMAR : "Je lis un polar, je suis plongé dans mon polar ..." On
voit bien que c'est le genre qui prime, plus que l'auteur, plus
que le titre ... Le mot apparaît vers 1970, époque à laquelle le
genre, déjà tout à fait développé, élargit notablement son public,
et en même temps accède à une certaine légitimité dans les milieux
de la critique littéraire : désormais la littérature policière
n'est plus, pour tout le monde, de la sous-littérature.

E.LATTANZIO : "Polar" a donc remplacé "policier", abréviation de
l'appellation complète "roman policier". Les amoureux du genre
sont très jaloux des distinctions. Les "romans policiers" ne sont
pas des "romans d'espionnage" (cousins proches), ni des "romans de
science-fiction" (cousins plus éloignés). Le mot s'emploie plus
volontiers pour désigner les "romans noirs", car n'en doutons pas,
le genre du roman policier a ses sous-catégories. ce qu'on appelle
"roman noir" fait essentiellement référence à des romans
américains, au déroulement factuel, à l'intrigue violente, au
style elliptique (Chandler, Hammett, Horace Mc Coy, Ross Mac
Donald, etc ...)

Y.AMAR : Solitude et sous-entendus sont ses deux mamelles, et ses
ambiances ont été assez bien traduites au cinéma, dans ce qu'on
appelle les "films noirs" (Bogart & Co). L'existence de la Série
Noire, la plus prestigieuse des collections de romans policiers, a
beaucoup fait pour asseoir la notoriété de l'adjectif dans cette
acception, et le nom de la collection a d'ailleurs été imité
(carré noir, souris noire, etc ...).

E.LATTANZIO : Attention! Les catégories ne sont pas immuables, non
plus que leurs dénominations, et par exemple l'expression "roman
noir" apparaît en français en 1816, dans un contexte tout à fait
différent, pour évoquer les balbutiements des romans à faire peur,
futurs romans gothiques et spécialité anglaise.

Y.AMAR : Le "roman policier", même si l'Amérique lui a ouvert les
portes d'une patrie accueillante, est dit-on né en France avec
Emile Gaboriau, vers 1870. Mais on commence par l'appeler "roman
judiciaire", expression totalement oubliée aujourd'hui, mais dont
la logique est bien proche de l'expression "roman policier".

E.LATTANZIO : En Angleterre, ce style va émigrer et fleurir, de
Conan Doyle à Agatha Christie, et prendre la forme de ce qu'on
appelle le "roman à énigme", qui met en scène des héros qui sont
l'opposé de ceux du roman noir : Hercule Poirot ou Miss Marple.


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