VORE

Par: (pas credité)



Y.AMAR : "Publivore". Qu'est-ce donc que cette drôle de chose ? "-
vore" est utilisé pour désigner l'action de manger, notamment dans des
mots appliqués aux animaux : insectivore, herbivore, etc. Cette racine
latine se retrouve dans des mots comme "vorace" ou "dévorer"
(manger vite et avec appétit).

E.LATTANZIO : Dans le langage scientifique "-vore" est en
concurrence avec "-phage", d'origine grecque (anthropophage).
"-phage" ne semble pas avoir d'emploi figuré. Tout au plus
trouve-t-on un "turcophage" = qui est contre les Turcs, attesté
chez Chateaubriand (Mémoires d'Outre-tombe) où l'auteur dit que
son père était turcophage. A rapprocher peut-être de l'expression
très familière en usage aujourd'hui : "bouffer du ...", par
exemple, "bouffer du curé" pour dire "être très anti-clérical".

Y.AMAR : En revanche plusieurs usages attestés de "-vore" en un
sens figuré : "papivore" = personne qui lit beaucoup. A rapprocher
de l'expression "dévorer un livre", le lire rapidement et avec
passion. Ici le papier désigne par métonymie le livre.

E.LATTANZIO : "Publivore" = amateur de publicité et "budgétivore",
le plus inattendu à coup sûr et l'un des plus anciens, puisqu'il
apparaît dès la fin du siècle dernier. Désigne ceux qui émargent
au budget de l'Etat et s'en "nourrissent" : "les fonctionnaires,
ces budgétivores" dit le père de Simone de Beauvoir à celle-ci
(Mémoires d'une jeune fille rangée). On remarquera l'analogie avec
le langage scientifique, avec la présence du "i" entre budget et
"vore", qui rappelle la morphologie des mots comme herbivore, etc.

Y.AMAR : "Télévore" : le mot existe mais n'est pas vraiment
répandu. Sans doute parce que la formation avec "télé" n'est guère
conforme aux exemples déjà cités. A rapprocher et différencier de
-"phile" : cinéphile, amateur de cinéma. Mais il n'y a pas de mot
pour désigner celui qui dévore les films comme d'autres les
livres.


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