MOUTON, VEAU, AGNEAU

Par: (pas credité)


Y. AMAR : Fête de l'aïd : on tue un mouton. Certains s'en émeuvent, mais pas tant que cela. Pourquoi ? Parce que probablement le mouton a une certaine image qui n'appelle pas tout spécialement l'apitoiement (même si elle n'est pas franchement mauvaise).

E. LATTANZIO : Or, les animaux qui sont ou qui ont été sacrifiés rituellement, de façon culturelle ou religieuse, n'ont pas tous la même image.

Y. AMAR : Et la caractéristique principale du mouton, c'est précisément de se laisser sacrifier, d'être passif devant l'agression.

E. LATTANZIO : Cette soumission s'accompagne d'un comportement d'imitation par rapport à celui qui s'est fait tuer juste avant.

Y. AMAR : Cela renvoie à la scène des moutons de Panurge dans Rabelais : pour se venger du marchand Dindenaut qui s'est moqué de lui en le faisant passer pour un niais, Panurge lui achète un mouton qu'il jette à la mer. Tous les autres moutons du troupeau suivent le 1er.

E. LATTANZIO : En référence à l'épisode, on garde d'ailleurs souvent l'expression complète : mouton de Panurge.

Y. AMAR : Le veau n'a pas une image beaucoup plus dynamique ou énergique que le mouton : lui aussi a servi d'animal sacrificiel (le veau gras), mais il évoque également la passivité : souvenons-nous du mot prêté à De Gaulle : "les Français sont des veaux" (= des suiveurs...).

E. LATTANZIO : Le veau n'évoque pas seulement la passivité, mais plutôt la mollesse : outre l'expression "pleurer comme un veau" (déjà chez Rabelais et encore vivante), le veau évoque la blancheur des chaires grasses.

Y. AMAR : "Comme un veau" est d'ailleurs une expression plutôt à la mode pour exprimer une opinion négative ("ils ont joué comme des veaux !").

E. LATTANZIO : Enfin, on se souvient qu'un veau est une voiture lourde et peu nerveuse.

Y. AMAR : Agneau, pour finir, évoque plutôt l'innocence sans défense que la passivité. L'agneau est doux ("doux comme un agneau"), mais aussi, il est tendre, comme son âge. Bien plus que le veau, l'agneau évoque l'enfance et la candeur de celui qui vient de naître.

E. LATTANZIO : Là encore, on peut penser à La Fontaine (le loup et l'agneau), mais il a utilisé une image existante beaucoup plus qu'il ne l'a fondée.


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