OURS

Par: (pas credité)


Y.AMAR : Les Espagnols le réaffirment : ils ne veulent pas de nouveaux ours dans les Pyrénées, en tous cas ils ne veulent pas qu'on en lâche de nouveaux (s'il en naît, c'est une autre histoire...). Et pourtant, les ours, ça fait rêver, et ça fait rêver depuis belle lurette. Parfois même le rêve est si fort qu'il devient dangereux. Dans plusieurs langues, le mot a été interdit : le prononcer risquait d'indisposer la divinité qu'il représentait (notamment dans des langues slaves ou germaniques). Mais en français, on a et on a eu de nombreuses expressions qui font intervenir l'ours.

E.LATTANZIO : L'image la plus vive qu'on ait est celle qui compare l'homme lui-même à un ours : "c'est un ours", ou même un "ours mal léché". On pense ici à l'ours solitaire, farouche et hargneux. Il représente l'homme peu sociable, le misanthrope revêche. Pourquoi mal léché ? Cela évoque mal embouché, de mauvaise humeur. En fait cela fait probablement référence à une ancienne croyance selon laquelle "les ourses façonnent leurs petits en les léchant à loisir" (Montaigne). L'ours mal léché est donc l'ours mal élevé.

Y.AMAR : Une autre image, plutôt négative, évoque la rage impuissante et impatiente : "tourner comme un ours en cage" (on dit parfois "comme un lion en cage", mais c'est une variante plus récente).

E.LATTANZIO : Mais dans cette image brutale, on sent la puissance de l'animal, qui s'exprime dans d'autres images : "le pavé de l'ours" par exemple. C'est une référence à une fable de La Fontaine, "L'Ours et l'Amateur de jardins". L'ours qui veut être délicat avec son ami, lui écrase un pavé sur le visage pendant son sommeil pour chasser une mouche qui l'empêche peut-être de dormir.

Y.AMAR : C'est aussi à La Fontaine qu'on pense avec cet autre proverbe : "il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué" = il ne faut pas disposer à l'avance de ce qu'on ne possède pas encore, car on peut ne jamais le posséder... Mais ce dicton, si La Fontaine l'a popularisé, est bien plus ancien que le 17ème siècle.

E.LATTANZIO : Enfin, on a de nombreuses expressions qui, aujourd'hui, sont perdues pour la langue française : "être monté sur l'ours" = être aguerri, ne pas avoir peur ou même "avoir ses ours" = avoir ses règles.

Y.AMAR : Mais on a aussi une présence forte du mot "ours" dans divers jargons de métier, avec des sens qui d'ailleurs évoluent parfois. Ainsi, dans l'imprimerie, l'ours a d'abord été l'ouvrier chargé de la presse à bras, son mouvement de balancier l'avait, paraît-il, fait surnommer l'ours, par évocation du balancement du plantigrade.

E. LATTANZIO : Le mot a poursuivi sa carrière en désignant l'ensemble de ceux qui participaient à l'impression. Et aujourd'hui, dans un journal, on appelle "ours" l'encadré où sont mentionnés tous ceux qui ont collaboré au numéro.


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