METIS

Par: (pas credité)


E.LATTANZIO : Comme la mode des mots est une étrange chose : le
nom "métis" n'est pas à la mode du tout, alors que tous les mots
qui en dérivent, l'adjectif "métis" (parfois mal orthographié
d'après son féminin "métisse"), le verbe "métisser", le nom
"métissage" sont la coqueluche du langage branché, notamment dans
le domaine artistique.

Y.AMAR : Le mot vient du portugais et son sens de base renvoie à
une personne dont les deux parents sont considérés comme étant de
races différentes. Je dis "considéré" parce qu'on sait bien que
cette notion de race est purement culturelle et n'a rien de
scientifique, mais foin du politiquement correct. A l'origine, et
dans la langue portugaise, le métis, au Brésil, est celui dont le père est
européen et la mère indienne (ou le contraire, mais, à
l'origine, bien sûr c'était plus rare).

E.LATTANZIO : Par extension, on a appelé métis ceux dont les
parents étaient de couleur de peau différente. Ce sont les
enfants issus de ce qu'on appelle encore aujourd'hui "les couples
mixtes" et d'ailleurs, si l'on remonte au latin (donc au-delà du
portugais) on voit que métis et mixte sont de la même famille.

Y.AMAR : Sans être le moins du monde injurieux, le terme "métis"
est donc né à l'époque de la colonisation, et on sait que la
colonisation avait souvent comme corollaire le racisme, les
dominateurs se pensant supérieurs aux dominés. D'ailleurs, les
synonymes de métis, "mulâtre", sang-mêlé", sont soumis au même
traitement : ils ne sont pas explicitement insultants, mais ils
renvoient à l'idéologie colonisatrice qui les a marqués. En
conséquence, on ne les emploie plus guère.

E.LATTANZIO : Ce qui est étonnant c'est la mode de la famille
"métis". Déjà, il y a longtemps, Senghor, ayant popularisé le
concept de négritude, prônait le "métissage", c'est-à-dire le
croisement des cultures. C'est aujourd'hui un mot extrêmement
positif, à l'opposé des idées d'abâtardissement ou de
dégénérescence. Au contraire, il s'agirait plutôt de
regénérescence, de vitalité nouvelle amenée par du sang neuf, par
le choc de cultures différentes. On a donc pu parler de métissage
littéraire, à propos des littératures africaines ou antillaises,
qui utilisent une langue française trempée dans l'usage qu'en font
les Africains ou les Antillais, qui utilisent aussi des fonds
culturels très différents de la culture française parallèlement à
cette culture (ça a été notamment le cas des intellectuels
africains et antillais, Senghor et Césaire pour les grands
ancêtres, mais on peut citer aussi Leiris ou Cendrars, etc.).

Y.AMAR : "Métissage" est un mot qui s'emploie beaucoup aujourd'hui
en musique, pour désigner des formes qui tentent d'intégrer des
styles différents. On remarquera que cette famille de mots est en
général préférée (aujourd'hui) à "fusion". Ce dernier terme
d'abord est un emprunt à l'américain ; ensuite il évoque facilement
une réduction au plus petit commun dénominateur, et une idée de
banalisation alors que métis souligne le respect des différentes
cultures en présence.

E.LATTANZIO : Dans le même ordre d'idée, on entend beaucoup parler
de "créole", de "créoliser", et de "créolisation", en particulier
de la part d'écrivains antillais contemporains (Chamoiseau et ses
amis) qui revendiquent une langue "tropicalisée" et volontiers
opaque dans ses emplois les plus littéraires.


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