OUTRAGE

Par: (pas credité)


Y.AMAR : Audience aujourd'hui de quelqu'un pour outrage à agent
(après une manif contre le FN). Qu'a-t-il fait ? Est-ce
condamnable ? Ne comptez pas sur moi pour violer la présomption
d'innocence. Mais toujours est-il que le mot "outrage" appartient
au vocabulaire juridique. "Outrager" un agent de la force
publique, un magistrat, un chef d'Etat sont des délits prévus et
réprimés par la loi.

E.LATTANZIO : Toute proportion gardée, ça s'apparente au peu au
crime de lèse-majesté : les outrages sont des injures, ceux qui
sont délictueux sont des injures, non pas tant à des personnes en
tant que telles, mais à la fonction qui est la leur, et dans
laquelle ils représentent la force publique ou l'autorité de
l'Etat.

Y.AMAR : Le mot "outrage", hors contexte juridique, a un sens
fort, comme le verbe "outrager" (=faire outrage) : il s'agit d'une
atteinte sévère à l'honneur de quelqu'un, à sa dignité morale.
D'ailleurs, les premiers emplois du mot, en ancien français,
renvoient au code de la chevalerie : un outrage était une parole
qui avait touché à l'honneur d'un chevalier.

E.LATTANZIO : On n'outrage pas seulement quelqu'un, on peut
outrager une notion, un principe : outrage aux bonnes moeurs, à la
pudeur. C'est que rôde autour du mot une morale sexuelle prompte à
s'indigner, dont on retrouve le parfum dans l'euphémisme désuet et
tout frémissant d'horreur : les derniers outrages.

Y.AMAR : Bien entendu, le mot peut être utilisé de façon plus
vague, comme synonyme d'injure, mais c'est rare, littéraire et
ancien ("Pour réparer des ans l'irréparable outrage").
L'étymologie du mot semble évidente quand on la connaît, mais on
n'y pense pas spontanément : outrage vient d'"outre" et au départ,
l'outrage c'est l'excès, le fait d'aller trop loin, de passer les
bornes, sens commun à tous les mots de la même famille.

E.LATTANZIO : Mais attention, "être outré" n'a pas le même sens
qu'"être outragé" : il signifie être indigné, scandalisé. La
différence est subtile : ça met également en cause le sens moral,
mais de façon moins personnelle : si vous me traitez de sale
hypocrite, je suis outragée. Si j'assiste à un match de boxe
manifestement truqué sans que personne n'ose dénoncer les
malversations, je suis outrée. Je suis profondément choquée, mais ce
n'est pas moi qui suis personnellement en cause.

Y.AMAR : A part ça, "outre" est une racine féconde. Le mot existe
en tant que préposition, avec le sens de "en plus de" : outre son
aridité, le désert a mille caractères. Et il est à l'origine de
nombreux mots. La plupart évoquent ce dépassement des limites
admises.

E.LATTANZIO : "Outre-mesure", adverbe qui signifie "trop",
"inconsidérablement", et qui souvent, se trouve dans une phrase
négative au ton modérateur : il ne faut pas s'inquiéter
outre-mesure.

Y.AMAR : "Outrepasser" (ses droits, ses fonctions), c'est-à-dire
en faire plus que ce qu'on est autorisé à faire (un policier qui
n'est pas en service, etc.).

E.LATTANZIO : Mais parfois les mots formés avec "outre" ont un
sens géographique, et indiquent qu'une région est située de
l'autre côté d'une frontière naturelle, en général de l'eau :
outre-Rhin, outre-Manche, outre-Atlantique. Dernier exemple d'un
mot étrange, archaïque, mais toujours compris : outrecuidance (=
arrogance). Est outrecuidant celui qui se croit plus qu'il n'est.


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