PASTICHE/PASTIS

Par: (pas credité)


La pâte, tout le monde sait ce que c'est. Que ça vienne de paster
(bas-latin emprunté au grec) n'intéresse personne. Mais c'est plus
intéressant si l'on regarde ce que donne cette racine quand elle a
trempé pendant des siècles dans une influence italienne ou
provençale : "pastis et pastiche".

"Pastiche" dérive, au début du XVIIIème siècle, de l'italien
"pasticcio", au sens propre : pâté, au sens figuré : affaire
embrouillée. Et "pastiche s'emploie d'abord, en français, dans le
vocabulaire de la peinture pour désigner ce qu'on appellerait,
aujourd'hui, "plagiat", c'est-à-dire la "contrefaçon" d'un
tableau. Ensuite, plus généralement, le pastiche ne souligne
qu'un désir d'imitation et il passe au vocabulaire musical puis littéraire.

En musique, le pastiche a un sens tout à fait particulier :
souvent sous sa forme italienne (pasticcio), il désigne un opéra
particulier : soit (c'est rare) chaque acte a été écrit par un
compositeur différent, soit c'est la pratique du "pot-pourri" (ce
mot était également utilisé et non péjoratif) : des airs très
connus des différents opéras sont liés et enchaînés, avec un
livret original et un nouveau plan, élaborés pour la circonstance.

Et puis pastiche prend son sens actuel (en musique comme en
littérature) : imitation plutôt parodique d'un style : "à la
manière de...". Tout ce pastiche-là vient de la langue savante et
artistique.

Par contre, le pastis qui dérive non de l'italien mais du
provençal, est resté dans le parler populaire. Le "pastis", comme
le pasticcio, c'est un terrible méli-mélo, un gâchis monstrueux.
Cf. "l'affreux pastis de la rue des Meules" qui montre qu'on a la
même nuance en provençal et en italien. Quel pastis ! C'est donc
quel embrouillamini ! Quel gâchis, quel potage !

C'est de là que vient le nom de la boisson et non le contraire,
comme on le croit généralement depuis que ce breuvage a presque
éclipsé les autres sens du mot : l'essence alcoolisée d'anis se
trouble au contact de l'eau, d'où le nom de pastis qu'on donne à
cet apéritif depuis les années 20.

"Pastaga" : reformation familière, est restée très argotique,
faussement méridionale (il paraît que c'est du provençal de Paris)
... bien que le sens de "quel bourbier, quelle embrouille !" soit
fortement senti.


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