CANARD

Par: (pas credité)


On sait que l'affaire Papon qui défraye en ce moment la chronique,
a été révélée en mai 81, par le Canard Enchaîné, journal satirique
bien connu, mais au nom bien étrange. Quelle est donc l'histoire
du mot "canard" ?
En français, le canard se mange à toutes les sauces et ce qui
renvoie au départ à ce volatile de basse-cour est d'un usage
métaphorique très large.

Au départ ? Justement pas, c'est là le plus surprenant. On ne
compare pas un humain à l'animal, on compare l'animal à des gens.
En ancien français, canard est un sobriquet, un surnom moqueur,
péjoratif, appliqué à quelqu'un de trop bavard. Ce n'est qu'à
partir du 13ème siècle que le nom désigne l'animal.

Pourquoi ce glissement ? D'abord pour éviter une confusion. En
effet, ce volatile, on l'appelait (jusque-là) "ane" (de "anas" en
latin). D'où confusion avec "âne" (de "asinus"). "Canard" donc,
rendait service, mais le mot garda une grande souplesse de sens,
dans le registre péjoratif et injurieux : le canard n'est pas
comme les autres, mais il vaut mieux préciser : "canard boiteux",
celui qui ne marche pas au pas (au pas de l'oie ?), qui ne fait
pas comme tous les autres, qui fait tache, dans un groupe, une
communauté, une famille. Chez les Deloeil, tous les enfants ont
fait de brillantes études : un à Polytechnique, un à Normale Sup',
un à l'ENA. Il n'y a que Gaspard qui a raté son CAP, c'est le
canard boiteux, ou le vilain petit canard.

On dit la même chose de celui qui ne fait pas chorus, qui émet un
autre son de cloche : à la soirée chez Untel, tout le monde a fait
l'éloge de Chose. Il n'y a que Gégé, qui est toujours le vilain
petit canard, qui a rappelé que sous sa direction le chiffre
d'affaires avait commencé à chuter, qu'il avait été compromis dans
une négociation douteuse, etc.

Le vilain petit canard renvoie au conte d'Andersen : en fait,
c'est un cygne qui, d'abord rejeté par tous, fait éclater enfin sa
supériorité. Mais cette dernière partie de l'histoire ne joue pas
sur le sens général de l'expression. Le vilain petit canard c'est
celui dont on a honte.

C'est d'ailleurs le sens de l'expression dans un autre contexte :
le canard, le "couac", c'est plus que la fausse note, la note
ratée, en particulier par un instrument à vent (hautbois,
clarinette, saxophone, en général un instrument à anche).

On comprend bien la liaison avec une autre signification du mot :
un canard, c'est un faux bruit, une fausse information. D'où par
extension un mauvais journal. Et aujourd'hui, en langue bien
familière, un journal tout court. Ce qui nous renvoie, bien sûr,
au Canard Enchaîné.


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