BALKAN ET FINLANDE

Par: (pas credité)


Une conférence balkanique sur la stabilité et la coopération
vient de commencer. L’adjectif semble un peu ancien, même
s’il est vrai que depuis quelques années - en particulier depuis les
changements de régimes politiques à l’Est et la guerre en ex-
Yougoslavie, on ait souvent réemployé non seulement le mot
« Balkan », mais le mot « balkanisation ».

Le point, donc, sur deux mots qui dérivent d’une dénomination
géographique, et qui, tous deux, ont désigné un processus politique
compliqué, et d’une façon péjorative : balkanisation et finlandisation.

« Balkan » vient d’un mot utilisé par les Turcs, mais d’origine
persane, qui veut dire montagne. La chaîne des Balkans est en
Bulgarie, mais quand on parle des Balkans, on entend une réalité
géographique bien plus large : toute la région péninsulaire qui englobe
la Grèce, la Macédoine, l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, la partie
européenne de la Turquie, et encore, parfois on remonte bien plus
au Nord.

Le mot « balkanisation » ne s’est pas employé avant 1941, et pourtant,
il désigne surtout un processus qui s’est déroulé au lendemain de la
Première Guerre mondiale : toute la redéfinition et le découpage en Etats
des restes de l’Empire austro-hongrois, et même des reliquats de l’Empire
ottoman. Dans cette partie de l’Europe, qui est une mosaïque extrêmement
compliquée de peuples, de langues, de coutumes et de religions, on plaque
une logique d’Etats souverains, avec des frontières inviolables, au travers
de laquelle s’expriment sourdement les appétits masqués des grandes puissances.
Le mot, on l’a dit, est péjoratif et met l’accent sur le côté artificiel, imposé,
hypocrite et explosif de ce découpage.

Ce terme de « balkanisation » a repris du service en Afrique au moment
des Indépendances (début des années 60), alors que les puissances coloniales
quittant le continent (officiellement) laissaient se dessiner des frontières pour
faire exister des Etats généralement composites. Et cette notion de frontière
et d’état -peut-être indispensable- était plus héritée de l’histoire européenne
que de l’africaine. Là encore, « balkanisation » est un mot péjoratif qui
évoque un découpage avec arrière-pensées.

Quant à la « finlandisation », le mot, évidemment est forgé sur Finlande
(un mot qui n’a rien à voir avec la « fin des terres » comme on le croit
souvent, vu la position très septentrionale du pays - mais Finlande n’est
pas symétrique de Finistère). Ce mot de « finlandisation » désigne
l’alignement plus ou moins forcé de la politique étrangère finlandaise
sur les positions soviétiques - une sorte de complaisance diplomatique, alors
même que la Finlande n’avait pas un régime politique comparable à celui
des « pays satellites ». En 1948, signature d’un traité d’assistance mutuelle,
puis promotion sur la scène internationale d’une thèse très favorable au bloc
soviétique : dénucléariser l’Europe du Nord, sans toucher à la péninsule de
Kola, où étaient les bases nucléaires soviétiques. Depuis quelques années,
les choses ont bien sûr changé et le traité de 1948 a été remplacé en janvier
1992 par un autre, signé avec le CEI, d’inviolabilité des frontières.


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