CHEZ LE COIFFEUR

Par: (pas credité)


Tous, ruons-nous au Grand Hôtel, pour voir l’exposition des dessins de coiffure de Christophe Carita (30 ans de dessins de coiffure... rendez-vous compte !). Et un mot pour rappeler qu’on dit « chez le coiffeur », plutôt qu’« au coiffeur » : l’enfance de l’art.

Quel beau métier d’être coiffeur ! Et quelle belle sociabilité que celle des salons de coiffure où l’on se parle sans se connaître, anonymes sous les mêmes blouses. C’est peut-être cette habitude du bavardage qui allonge l’attente des clients, et permet de comprendre cette expression qui berça mon enfance : « cinq minutes de coiffeur » (c’est-à-dire bien souvent une bonne demi-heure).

La coiffure est quand même un métier d’artisanat qui a pris soin parfois de rechercher une certaine respectabilité dans la façon de se dénommer. Ainsi, pour se démarquer du populaire, les coiffeurs chics affichaient souvent à leur devanture « Haute Coiffure ». Affichaient, disons-nous, car l’expression fait un peu années soixante. Aujourd’hui, le coiffeur qui veut se pousser du col se dit « visagiste », cet esthète-créateur qui est au coiffeur de base ce que le paysagiste est au jardinier (et le calque entre les deux est évident).

Plus modeste parfois, les enseignes calembours : « diminue-tifs, évolue-tifs, ou hair du temps ».

Le vocabulaire de la coiffure change également avec les années, mais certaines formules se sont si bien implantées qu’elles sont encore dans les mémoires, même si elles sont plus rarement appliquées à nos cheveux : « indéfrisable, mise en plis, permanente ». D’autres sont plus modernes : « minivague, balayage, brushing », seul anglicisme de cette liste.

Un peu d’histoire maintenant, pour revenir aux noms du coiffeur. L’argot l’appelait -l’appelle encore parfois, mais c’est plus rare- le « merlan ». Merlan était au départ un sobriquet donné aux perruquiers qui, poudrant leurs postiches se poudraient avec (1744). Tout au moins y a-t-il mimétisme entre l’ouvrier et l’objet qu’il travaille qui fonde la comparaison avec le merlan, poisson saupoudré de farine avant qu’on le frie (c’est bien la première fois que je me vois contraint d’employer le subjonctif de frire - mais pas moyen de faire autrement).

Encore antérieur au merlan, et pas argotique du tout, le « barbier ». Jusqu’au 19ème siècle, il fait la barbe, avant de faire les cheveux, est souvent, en même temps, chirurgien et parfois arracheur de dents. Attention, alors que le chirurgien d’aujourd’hui est un aristocrate de la médecine, celui d’antan n’était pas un médecin du tout, et ne se situait pas bien haut dans l’échelle sociale. Simplement, il maniait le scalpel comme on manie le rasoir. Et cette identité d’instruments induisait une identité de savoir-faire.

Aujourd’hui encore, au Québec, on appelle barbier un coiffeur pour hommes.


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