MORDRE ET DEMORDRE

Par: (pas credité)


« Il ne veut pas en démordre ». A propos de tout et de rien, on trouve cette expression amusante, imagée, mais si ancienne qu’elle ne fait plus vraiment image : on la comprend, on l’emploie sans avoir nécessairement à l’esprit l’illustration qui s’impose dès qu’on interroge cette expression : celle du chien qui sans logique ni raison ne veut pas lâcher la vieille pantoufle qu’il serre entre ses crocs. La locution est donc tout à fait figée, ce qu’atteste la présence de ce « en » qui ne veut pas dire grand chose.

Le sens est donc facile à saisir : ne pas changer de position (un vendeur qui tient à son prix et refuse de le baisser), ou d’avis. Dans ce dernier cas, on a souvent l’idée d’une opinion maintenue contre vents et marées, contre la logique, contre l’évidence : on a beau lui présenter toutes les preuves possibles, il n’en démord pas : pour lui, ce Vermeer est un vrai. La locution ne date pas d’hier, quoiqu’elle n’ait pas toujours évoqué ce cramponnage à une idée fixe. Au 16ème siècle, pour d’Aubigne, elle s’applique à une place forte assiégée qui refuse de se rendre alors que tout est perdu. Ne jamais se rendre, même à l’évidence, c’est cela ne pas en démordre. Démordre, au sens propre, ne s’emploie pas en français moderne.

Mordre, au contraire est un verbe fréquent, qui a aussi quelques emplois métaphoriques.

« Mordre à quelque chose », c’est se passionner, ou en tout cas s’y intéresser au point d’en assurer une pratique assidue, surtout dans une phrase où on est néophyte, où l’on débute : « j’ai mordu à l’informatique ». L’usage est fréquent à la négative : « je n’ai jamais mordu à la physique ».

Conséquence compréhensible : un « mordu » est un passionné (synonymes : un fou - un fanatique - ou fana (un peu vieilli)) mais rarement un fan, qui s’emploie plutôt pour une vedette - un fan de Johnny, plus moderne : un accro. Mais attention : un accro « à »... et un fou « de »...

Mais attention, le sens est très différent de « mordre à l’hameçon », même si les images de départ sont peut-être apparentées. Mordre à l’hameçon, c’est commencer à tomber dans le piège qu’on vous tend, commencer à faire ce qu’on a pensé que vous feriez, et donc devenir le moteur de l’escroquerie dont vous finirez par être la victime. La métaphore de la pêche à la ligne est judicieusement sollicitée, comme dans l’expression « être ferré », qui néanmoins a un emploi plus large, et moins nécessairement négatif - en particulier dans le langage amoureux.


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