CENTIMES ET SOUS

Par: (pas credité)


Opération « pièces jaunes » organisée par les Hôpitaux de Paris. On comprend de quoi il s’agit : chacun mettra de côté, chaque fois qu’il y pensera des pièces jaunes, c’est-à-dire des pièces de peu de valeur : 5, 10, 20 centimes. Son train de vie n’en sera nullement modifié, mais l’amas de toutes ces pièces jaunes constituera une somme non négligeable, versée aux Hôpitaux... Dans les systèmes français actuels, ces pièces jaunes sont donc celles qui ont le moins de valeur. On voit que les images changent, puisque jadis les « jaunets », c’étaient les pièces d’or, celles qui valaient beaucoup, au contraire. Mais, les unités monétaires ont souvent des subdivisions qui évoquent dans l’inconscient collectif, et dans de multiples expressions, ce qui ne vaut pas cher. Le « centime » n’est peut-être pas assez vieux pour tenir cette place, bien qu’il date de la Révolution, et que parfois on l’emploie dans les mêmes circonstances que sou (« Je n’ai plus un centime, ça ne vaut pas un centime). On verra qu’il en sera de « cent », centième du futur euro. Mais le denier ou le sou sont bien plus riches et plus évocateurs.

Le « denier » n’évoque ni une monnaie récente, ni même une monnaie française (bien qu’elle le fût), mais plutôt l’Antiquité, et les « trente deniers », prix de la trahison du Christ. Il n’est donc pas si étonnant de le retrouver dans des expressions religieuses, avec souvent le sens d’obole, de don gratuit : « denier de Saint-Pierre » (destiné à la Papauté), « denier du culte », dons des fidèles destinés à subvenir aux besoins des prêtres depuis qu’ils ne sont plus rétribués par l’Etat.

Ce qui est paradoxal car le « sou », au départ, dérive de « solidus » en latin, qui correspond au français massif, pur.

Et les premiers sous sont d’or chez les Romains, puis les Mérovingiens. Ensuite, on en fait en argent, puis en cuivre, et le sou ou le sol, puisque les deux formules cohabitent, finit par se dévaluer terriblement. Il vaut un douzième de livre, et sous la Révolution, même s’il survit au système décimal, il ne vaut pas plus de cinq centimes. Il gardera très longtemps cette valeur, même fantomatique, alors qu’aucune pièce ne l’atteste plus. Mais, il y a quelques années, on parlait encore de pièces de vingt sous, de quarante sous, de cent sous, après avoir parlé des « petits sous » (cinq centimes), et « des gros sous » (dix centimes).

Le mot est encore très employé dans de nombreuses expressions familières, pour évoquer par exemple la pauvreté : « je suis sans le sou », « je n’ai pas un sou ». Mais aussi pour évoquer le compte avaricieux de son pécule : « être près de ses sous », « une fortune amassée sou après sou ».

Le mot est également une métaphore familière et à la manière enfantine, de l’argent, quel qu’en soit la quantité.

« Ça vaut beaucoup de sous », « c’est une affaire de gros sous » (avec un sous-entendu, méprisant, voire suspicieux).

Enfin, les sous, lorsqu’il n’y en a pas ou peu, servent simplement à exprimer une négation renforcée et expressive. « Ça ne vaut pas un sou » ; il n’est pas psychologue pour deux sous.


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