MONOPOLE

Par: (pas credité)


Avec la nouvelle année, on voit tomber toute une série de « monopoles » : celui des Pompes Funèbres (les communes avaient le monopole des services extérieurs des Pompes Funèbres), ou des commissaires-priseurs. Avec la téléphonie qui s’ouvre au monde concurrentiel, ça fait beaucoup de monopoles qui tombent, bien que pour ce dernier exemple, on ne parle pas exactement de monopole. Le « monopole » est donc le privilège exclusif de fabriquer, de commercialiser, de distribuer un certain type de marchandises, ou d’activités. Par exemple, la radiotélédiffusion jusqu’en 81, le tabac, encore maintenant, sont des monopoles d’Etat. Résultat, la concurrence est éliminée. L’étymologie est claire et éclairante, bien que souvent on se méprenne sur l’origine du mot. Le mot, qui vient du grec, est formé sur « monos = un seul » et « polein = vendre : un seul a le droit de vendre. Et non « mono » - poly : beaucoup de choses pour un seul. Attention, on peut parler de « privilège exclusif, de fonctionnement exclusif », mais l’expression « monopole exclusif » est un pléonasme, et par là-même, mal vue.

Au figuré, « monopole » est parfois utilisé dans le sens « d’usage exclusif ». Cf. Giscard en 74, et le « monopole du coeur ». Quelques dérivés, en particulier « monopoliser », en général utilisé pour constater un monopole de fait, et non juridique : on ne dira pas que l’Etat monopolise le commerce du tabac (il n’a pas besoin de le monopoliser, puisqu’il a le monopole), mais on peut dire que telle société monopolise les transports routiers dans telle région. Au figuré, « monopoliser », c’est un peu « s’approprier » : « monopoliser le téléphone » ( = téléphoner tout le temps, de telle sorte que les autres n’ont plus accès pratiquement à la ligne), « monopoliser les briquets ( = mettre machinalement, ou perversement, tous les briquets qu’on voit dans son sac, ou dans sa poche).

Dans cet usage figuré et légèrement familier, « monopoliser » est concurrencé par l’anglicisme « truster », lui aussi légèrement familier. Mais ce « truster », lui aussi légèrement familier, nous vient de « trust », mot anglais usité chez nous avec un sens différent de « monopole » : un « trust » représente, en général, un certain nombre de sociétés, souvent internationales et coiffées par une direction unique (synonyme : « holding », autre anglicisme) ; ou bien une compagnie très puissante, dont le poids économique est suffisant pour paralyser la concurrence, ou tout au moins peser sur le fonctionnement d’un certain secteur économique. « Trust », au départ, veut dire « confiance », et le verbe « to trust » : « avoir confiance » ou « confier ». Si l’origine du mot est à comprendre parce que les actionnaires confiaient leurs intérêts à un Directoire, le « trust » d’aujourd’hui inspire rarement une confiance aveugle, et le mot est en général péjoratif, lié à l’idée d’une domination économique sauvage.


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