PROPAGANDE

Par: (pas credité)


Le début du mois de janvier (et en particulier, le jour de
l'Epiphanie), a longtemps été l'occasion pour l'Eglise
catholique de célébrer une fête qu'on a un peu perdue de vue ces
dernières décennies : celle de la "propagande".

Ce mot, en effet, qui évoque aujourd'hui une agitation bien laïque
quand elle n'est pas impie, une gesticulation politicienne ou une tentative
subreptice d'influencer les esprits, a pourtant son origine chez
les Pères. La congrégation de la Propagande a, en effet, été
fondée en 1597 par Clément VIII, puis organisée et développée par
Grégoire XIII et enfin Grégoire XV en 1622. Rome alors, voit plus
loin que le bout de son nez, et cherche à universaliser la
religion catholique, à évangéliser à tout crin. Vingt-neuf
cardinaux composent la Congrégation. L'un d'eux, le Préfet,
la préside, et il est chargé d'envoyer des missionnaires dans les
pays non-chrétiens, d'y nommer les évêques et les vicaires
apostoliques. C'est la "Congregatio de propaganda fide" = pour la
propagation de la foi. On retrouve bien dans cette étymologie
l'origine grammaticale du mot. "Propaganda" est formé sur une
forme verbale latine et signifie littéralement "destiné à
propager, sur le point de propager". Il s'agit de ce qui doit être
fait.

Cette manière d'amener les autres à partager son point de vue a
quitté les sphères chrétiennes autour de la Révolution pour
rejoindre le vocabulaire politique. C'est donc, après que les
Lumières et leurs propagateurs, dans la deuxième moitié du
XVIIIème siècle, eussent répandu les idées nouvelles, qui
permirent à la Révolution de s'accomplir qu'on se prit à
considérer la chose de façon systématique : la propagande consiste
à faire des adeptes, à convaincre.

Attention, il ne s'agit pas de faire connaître un produit, ni de
le faire vendre. Nous ne sommes ni dans le domaine, ni de la
réclame, ni de la publicité : il ne s'agit que de répandre des
idées. Toutefois, durant tout le XIXème siècle (et aussi le
XVIIIème dans une moindre mesure), le mot publicité n'avait pas le
sens uniquement commercial qu'on lui connaît aujourd'hui, et les
deux concepts n'étaient pas si éloignés. Et ce qu'on entend par
"propagande" fait intervenir tout ce qui aide à faire passer des
conceptions nouvelles : presse, publications, réunions publiques,
médias... Pourtant, la "propagande" a toujours eu un côté assez
volontariste. On dépasse la seule information.

Ce qui fait comprendre que le mot a facilement pris une couleur
péjorative et s'est rapproché de ce qu'on a appelé, à partir de la
Guerre de 14, le "bourrage de crâne". L'expression se trouve
d'abord dans "le Feu", sous la plume d'Henri Barbusse. Elle est
reprise peu après par les journalistes du Canard Enchaîné. La
"propagande" sert donc à faire oublier de penser, à endoctriner
(on retrouve des mots à écho religieux), et le mot s'utilisera
surtout en ce qui concerne des pouvoirs forts, dont l'esprit
démocratique et le goût du dialogue ne sont pas les qualités
principales. On a essentiellement parlé de "propagande" fasciste,
nazie, ou communiste. Cf. : la planification de ces pratiques avec
Goebbels, ou même des expressions comme "agit-prop", contraction de
"agitation et propagande", mot composé né en Russie, et en russe,
mais calqué sur le français. C'est aussi au XXème siècle que naît
un mot comme "contre-propagande", expression particulièrement
hypocrite, dont on peut comparer l'usage à "contre-espionnage".


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