LE VENT SE LEVE, IL FAUT TENTER DE VIVRE

Par: (pas credité)


Ça souffle moins, on souffle. N’empêche, c’est de tempête qu’on a parlé, c’est de tempête qu’on parle encore. Et d’abord, qu’est-ce que c’est qu’une « tempête » ? Un mot qui vient du latin populaire « tempesta », qui dérive de « tempus » ce qui prouve au moins que dès la latinité, on avait cette association étrange entre le temps qui passe et le temps qu’il fait, deux familles de sens qu’a priori rien ne rapproche, et qui pourtant, s’expriment par la même famille de mots.

« Tempesta », puis « tempête » ont donc désigné le temps (qu’il fait), et en particulier le mauvais, le très mauvais temps : conjonction d’orage et de vent. C’est essentiellement sur mer qu’on parle de tempête là, où bien sûr, elle est plus impressionnante et plus dangereuse. Mais, les jours derniers ont rappelé que le mot s’utilisait aussi bien dans un contexte terrestre.

Parmi les autres termes qu’on a entendus, « tornade » est certainement l’un des plus fréquents. Par rapport à « tempête », il a un sens moins général, plus localisé dans l’espace et dans le temps. On dira moins volontiers : « la tornade s’est calmée ; la tornade a repris ». Mais davantage : « Une tornade s’est abattue sur la vallée de la Compromette et a dévasté le pittoresque village de Kassepié. C’est que dans « tornade » se fait encore entendre l’étymologie, la tornade évoque ce qui tournoie, même si on ne peut ignorer l’influence de la racine « tonare » = « tonner », probablement venue court-circuiter une descendance directe du « tornado » espagnol, participe passé de « tornar ». En fait, on pense à un tourbillon, à un phénomène restreint et délimité, qu’on embrasse de l’oeil (ceci pour ceux qui aiment embrasser avec l’oeil, bien sûr).

Et à côté de ça, on a tout un vocabulaire sympathiquement expressif, mais qui s’applique davantage à l’outre-mer ou aux contrées lointaines ; « l’ouragan », par exemple, romantique et sauvage, d’autant qu’il est parfois senti (bien à tort évidemment) comme un intensif d’orage. En fait, l’ouragan nous arrive d’une langue indienne oubliée, le Taïno qui a légué le « huracan » à l’espagnol, et le « hurricane » à l’anglais. Notre « ouragan » est passé par l’Espagne, alors même que d’un autre côté, on en héritait aussi de l’Amérique, avec un « Hurricane » à la française, joli mot exotique que l’érosion du temps a effacé.

Ne finissons pas sans le « cyclone », qui ne doit pas prendre de circonflexe malgré sa prononciation, et dont l’odeur immanquablement grecque camoufle la jeunesse. Ce n’est pourtant qu’en 1840 que H. Piddington (Henry ? Herbert ? Harold ? Quien sabe, companera ?) le forgea à partir du grec Kuklos = cercle pour désigner une perturbation atmosphérique où le vent prend un mouvement circulaire. Si l’on se met bien au milieu, on est tranquille, ce qu’on appelle l’oeil du cyclone. Mais attention, bien peu utilisent correctement cette tournure piégée, et cet oeil, pour l’ignorant qui s’en empare, représente volontiers le lieu le plus exposé.


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