INSTITUTEUR

Par: (pas credité)


Puisque c'est la grève des instituteurs, bonne raison pour se
demander ce que c'est. Etymologie : latin "institutor", celui qui
dispose, administre puis, par extension, celui qui fonde (sens
actuel de instituer).

D'où deux sens dès le Moyen-Age :
- celui qui fonde. Sens qui a disparu aujourd'hui mais subsiste
avec le verbe "instituer" ou la notion d'institution qui a le même
sens. Cf le terme "institutions" pour désigner les cadres généraux
légaux qui régissent notre univers social et politique.
- celui qui est chargé de l'éducation d'un enfant à l'intérieur
d'une famille, équivalent de "précepteur". Ce sens a laissé place
au mot précepteur, sauf au féminin où l'on trouve encore
institutrice au sens d'une femme qui a en charge l'éducation
d'enfants dans une famille.

C'est à la Révolution que le sens actuel s'impose, avec les
projets de mise en place d'un système d'instruction publique :
enseignant dans une école primaire. On notera l'emploi en synonyme
de termes comme "maître" ou "maîtresse d'école". Ça dit bien le
respect dans lequel ils étaient tenus. Aujourd'hui, ces
appellations sont moins courantes mais pas oubliées pour autant.
Elles sont en tout cas d'un usage enfantin, ce qui est important,
vu que maîtres et maîtresses travaillent avec les enfants. Dans la
période qui suit les réformes de Jules Ferry, l'instituteur
devient une figure importante de la vie publique. Il reçoit des
surnoms, celui notamment de "hussard noir de la République" :
allusion à son rôle de propagateur de la laïcité, contre
l'enseignement privé religieux jusque là dominant. Le mot hussard
fait penser à un combattant, l'adjectif noir est lié au vêtement
(la blouse que porte l'instituteur de l'époque).

Avec le temps, et surtout le développement du niveau culturel de
la population, ce statut de notable tend à s'effacer.
L'instituteur n'est plus qu'un "insti" (assez rare), ou un
"instit" (c'est cette dernière apocope qui s'impose comme
abréviation) comme les professeurs ne sont plus que des "profs".
(voir le feuilleton télévisé "L'instit").

Ce discrédit est tel que l'on songe vers 1985 à une revalorisation
de la profession : elle intervient en 1991, et le titre
d'instituteur disparaît (sauf pour ceux qui le possèdent déjà).
Désormais, ceux qui auront en charge l'enseignement primaire
auront le titre officiel de "professeur des écoles", terme
justifié par l'alignement en terme d'années de formation, avec les
professeurs de collèges et de lycées. NB : l'usage actuel hésite
entre professeur des écoles (terme officiel) et professeur
d'école, que l'on rencontre fréquemment (c'est même celui utilisé
par A. Rey et qui est pourtant "faux", officiellement).

Le terme instituteur est donc en voie de disparition, mais il a
une forme inattendue de revanche posthume. En effet, les
établissement chargés de leur formation ont changé de nom :
anciennement "Ecoles normales", ils sont devenus IUFM = instituts
de formation des maîtres. Or, le terme institut a la même origine
qu'instituteur.







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