TIGRE/LION

Par: (pas credité)


Nouvel an chinois : l’année du tigre.

L’horoscope chinois raisonne plus sur des années que sur des mois ou des décans. Les signes représentent des animaux, réels en général, ou imaginaires comme le dragon. Chaque signe, comme en Occident, représente un faisceau virtuel de caractères, censés affecter ceux qui sont soumis à ce destin.

Puisque c’est l’année du tigre, voyons en français d’où vient le mot, et ce qu’il évoque.
Tigre : l’appellation « tigre » pour le félin de ce nom remonte au Moyen-Age, et vient du latin « tigris » lui-même issu du grec et de l’arménien ou du perse. De cette origine incertaine découle l’hésitation sur le genre du mot. D’abord féminin, puis indifféremment utilisé aux deux genres. Le masculin l’emporte à partir du XIVème.

Le mot est utilisé aux XVIIIème et XIXème siècles comme appellation générique pour toute une série de félins qui n’ont pas encore de nom : « tigre barbet » (guépard), « tigre noir » (jaguar), « tigre rouge » (puma), « tigre-chat » (ocelot). Pour le tigre proprement dit, on précise « tigre royal » ou « tigre du Bengale » (cf. Le titre d’un film).

Au sens figuré, homme cruel, en rapport avec la férocité supposée ou réelle de la bête. Usage particulier : le surnom donné à Clémenceau pendant la Ière guerre mondiale : le tigre pour son habileté de polémiste (ses « coups de griffes ») et son acharnement à la lutte . Cf. Le feuilleton télévisé : « Les brigades du tigre ».

A comparer avec le lion. Traditionnellement, « on se bat comme un lion », « on a un coeur de lion ». C’est le lion qui est l’emblème de l’homme courageux, qui se bat pour l’emporter. Le tigre implique l’idée d’un combat plus féroce encore, d’où la cruauté et peut-être la ruse ne sont pas absentes.

L’idée péjorative se retrouve dans l’emploi méprisant que les Chinois ont fait un temps de l’épithète tigre contre les Américains. L’appellation « tigre de papier » que la Chine de Mao utilisait pour désigner l’impérialisme américain en Extrême-Orient désigne à la fois la cruauté et l’impuissance (de papier). Le tigre de papier désigne un adversaire prétentieux et en même temps peu dangereux. Ceci est à rapprocher de l’horoscope chinois qui distingue dans l’année du tigre, plusieurs sortes de tigres désignés par des métaux ou des matériaux différents (tigre de fer, par exemple) mais qui, évidemment ne prévoit pas de tigre de papier.

Cette idée péjorative de cruauté se retrouve dans l’expression « jaloux comme un tigre » (ou une tigresse) : extrêmement jaloux, jusqu’à la cruauté. En outre, la jalousie est considérée comme un sentiment négatif. Elle désigne un instinct destructeur de possession.

Se retrouve dans le féminin : dire d’une femme qu’elle est une « tigresse » est très péjoratif : à la fois violente, possessive, passionnée, capable de cruauté. En fait, au XIXème « tigresse » = femme cruelle en amour. Aujourd’hui, le sens est plus celui de femme d’une jalousie féroce.

Un pétrolier (Esso) a contribué depuis longtemps à revaloriser l’image du tigre par son slogan publicitaire « Mettez un tigre dans votre moteur » adapté de l’anglais où le tigre était dans le « tank » (le réservoir), ce qui était plus logique pour une marque de carburant. Cette expression a eu assez de succès pour qu’on l’adapte dans des contextes différents avec l’idée de « doper » quelqu’un ou quelque chose, de dynamiser une situation. Ici le tigre de la souplesse, de la vitesse et de la « félinité », utile pour valoriser les performances d’un moteur de voiture.


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