LA LANGUE DE LA CHOSE

Par: (pas credité)


Bill Clinton fait la une et le scandale : on ne parle que de lui
et de sa vie sexuelle. Que le ton soit effarouché, grivois ou
indigné, on adore en parler. Mais pas directement. Si on parle
volontiers de la sexualité, on ne la dit pas frontalement (oral,
soit ; frontal, faut voir). Ce tabou, cette gêne, sont d'ailleurs
retournés en leur contraire, et le contournement, l'allusion,
l'oblique font partie du plaisir : si on répugne à dire la
sexualité, on n'aime pas ne pas la dire.

L'émission serait bien trop courte pour épuiser le sujet, mais
pour une fois, on peut donner quelques exemples de métaphores
érotiques. Alors, pour une fois, n'ayons pas peur des listes et
rendons grâce au Président "chaud de la pince" (c'est de là que
viendrait notre expression actuelle "chaud lapin"), pour le
prétexte qu'il nous fournit. Parfois, il s'agit d'une simple
extension : baiser a d'abord voulu dire donner un baiser (c'est
d'ailleurs encore le cas, même si le double sens existe depuis le
XVème siècle).

Le vocabulaire de l'amour démontre autant (ou plus ? Pas sûr) que
les autres, le chauvinisme mâle de l'amour ? En particulier,
lorsqu'il s'agit d'un verbe unique, et non d'une expression
composée, on voit bien la répartition des rôles : actif pour
l'homme et passif pour la femme (ce qui, répétons-le, est pure
idéologie). Si "foutre" ne fait pas image (on sait bien qu'il
vient de "futuere" en latin mais on ne sait rien des origines de
ce "futuere"), ce n'est pas le cas des correspondances les plus
salaces qu'on trouve à peu près dans tous les corps de métier.
Dès qu'on trouve une petite approximation de forme ou de
mouvement, on ne s'en prive pas. Un seul exemple, générique,
suffira. Prenons au hasard "ramoner", et basta ! (Deux autres,
juste pour le plaisir, car ils sont si anciens qu'ils ne sauraient
être vulgaires : hubir et inir).

Passons maintenant de l'animal au bucolique, de la faune à la
flore. En ce qui concerne le bestiaire, "faire la danse du loup",
ou "la bête à deux dos" feront l'affaire. Et pour la nature, on
peut "voir la feuille à l'envers" (enfin, une expression plutôt
féminine), "effeuiller la marguerite" (croisement des comptines
amoureuses et du déshabillage), ou "faire cattleya" (qui fait un
peu collégien cuistre).

Il est temps de finir ? Soit. Avec quelques onomatopées : "faire
boum", "zim-zim boum-boum", "tam-tam la galette" ; et un peu de
métaphysique : "jouer à la joie du monde".


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