DÉPORTÉ/DÉPLACÉ

Par: (pas credité)


Conférence sur les "personnes déplacées". Ça se tient actuellement
en Bosnie, et comme d'autre part, le procès Papon a largement fait
parler des Déportés de la Seconde Guerre Mondiale, le point
s'impose.

Large panoplie de châtiments inventés par les hommes, pour punir,
ou simplement brimer et asservir des individus, des peuples ou des
groupes humains. Et ces châtiments consistent souvent à disposer
de la liberté et du lieu de vie de ces individus. Dans la plupart
des cas, on veut leur interdire de vivre dans les lieux où ils
étaient accoutumés de le faire. Mais parfois, on leur assigne un
nouveau lieu de résidence obligé.

Dans le premier cas de figure, tous les degrés sont envisageables.
La "disgrâce", par exemple, qui, en général, n'est pas mortelle,
et pas gravissime. Le mot vient au départ d'un vocabulaire
affectif, psychologique, mais, par exemple, sous un régime
monarchique, il s'est souvent appliqué au fait de pouvoir être ou
non dans l'entourage du Roi (Cf. Louis XIV et la Cour de
Versailles).

Plus juridique et plus violent, on peut être "proscrit" ou
"banni". Le premier mot remonte au latin "proscribere". Etaient
proscrits ceux qui étaient inscrits sur la liste (fatale) soit
celle des condamnés à mort, soit celle de ceux à qui on
confisquait leurs biens. Le sens a donc évolué pour donner celui
d'"interdit de séjour" qui prévaut actuellement. "Bannir" est un
vieux mot d'origine francique qui renvoie à un contexte féodal. De
même origine mais moins officiel, on dit aussi mettre au ban (=
exclure).

D'une façon ou d'une autre, tous ces termes signifient que
quelqu'un est indésirable là où il est. Qu'il aille donc ailleurs,
on le chasse. Où ? Peu nous chaut ! Et l'"exil", quoique d'un
emploi plus large, entre aussi dans cette série.
L'autre série de mots est essentiellement constituée par
"relégué", "déplacé", "déporté".
La relégation a été une peine qui envoyait le condamné dans un
territoire colonial.
Les "personnes déplacées" forment une expression bien plus vague
et, hélas, plus moderne, employée lorsque toute une population, ou
une ethnie, est chassée d'un territoire vers un autre. Le mot a
surtout un sens collectif.

Quant à la déportation, elle a une histoire longue. Le mot est
ancien. On ne commence à l'employer dans un sens précisément
juridique qu'à partir de 1791, et ensuite, on déportera en Guyane.
Il s'agit de la peine, individuelle, qui s'applique à un condamné
aux Travaux Forcés. Le voyage commence à Toulon et finit à
Cayenne.

Mais c'est bien sûr durant la Seconde Guerre que le mot prend le sens
auquel il est généralement associé de nos jours : déportations
massives, vers les camps, de ceux que le régime nazi condamne en
fonction de leurs origines (juifs, tziganes), de leur façon de
vivre (homosexuels), ou de leurs opinions politiques (communistes
et opposants). Et le vocabulaire du souvenir met facilement,
maintenant, la majuscule qui identifie cette Déportation et ces
Déportés par rapport à leurs prédécesseurs.


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