VULGAIRE

Par: (pas credité)


Dominique Terré, auteur des Sirènes de l'irrationnel, préparant
"Les dérives de l'argumentation scientifique", pose en ce moment
le problème de la vulgarisation scientifique, de sa validité, de
sa portée. (cf. Le cahier Eureka de Libération du 3 février). Ce
mot de "vulgarisation" est en effet péjoratif, peu engageant, tant
il évoque la dégradation, la transformation d'un bien précieux en
une chose commune. Ce qu'on appelle vulgarisation recouvre en
effet une simplification de l'histoire des sciences telle qu'elle
peut être mise à la portée de lecteurs qui n'ont, au départ,
aucune connaissance particulière dans le domaine en question.
L'appréhension scientifique du monde est-elle ainsi résumable ? En
ratant la compréhension technique du détail, rate-t-on l'essentiel
du processus ? C'est tout l'enjeu de cette discussion autour de la
vulgarisation.

Mais le mot s'apparente à toute une famille dont les rejetons ont
diversement évolué.

"Vulgaire" n'est pas à l'origine un mot négatif. Il évoque ce qui
est courant, en usage, comme le latin "vulgaris", adjectif qu'on
employait dans les toponymies scientifiques à l'époque classique :
est "vulgaris" l'individu qui a les caractéristiques principales
de l'espèce, ni plus, ni moins.

Mais "vulgaire" s'emploie surtout en ce qui concerne la langue. La
langue vulgaire est la langue courante, la langue parlée ; elle
s'oppose donc à la langue des clercs, au latin. (L'orateur
vulgaire était celui qui faisait des discours dans la langue de
son pays et non en latin).

Et le vulgaire désignait le commun des hommes, sans que ce soit
péjoratif. On peut rapprocher le mot de l'expression encore
actuelle le "vulgum pecus". Ce faux latinisme, populaire, plaisant
mais pas péjoratif désigne les gens "ordinaires": une exposition
fait inviter au vernissage "le gratin". Dès le lendemain, elle est
ouverte au "vulgum pecus", c'est-à-dire au public. Mais la phrase
est bien sûr familière.

Le mot vulgaire vire au négatif à partir du XVIème siècle. Il
renvoie alors à ce qui manque de distinction, est grossier,
trivial. Et le nom "vulgarité" est, lui, toujours péjoratif. C'est
évidemment très subjectif et très marqué idéologiquement ; les
attitudes qui ne correspondent pas au code mondain de la classe
dominante sont volontiers taxées de vulgaires.

Cousine, dévote et éloignée, la Vulgate, version de la bible
traduite en latin par Saint Jérôme et entérinée par le Concile de
Trente.


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