MACHIN - TRUC - BIDULE

Par: (pas credité)


Le succès récent de Kofi Annan à Bagdad a fait furieusement
remonter les actions de l'ONU, qu'on considère souvent comme un
lourd emplâtre inutile. Mais là, le "machin" a apparemment donné
ce qu'il savait faire de mieux. Bien sûr, l'occasion n'a pas
manqué chez les journalistes de reprendre cette appellation
ironique et mordante, qu'on doit au général De Gaulle, toujours
distant, c'est le moins qu'on puisse dire, par rapport aux
organisations internationales.

On parle assez souvent du machisme de la langue pour se réjouir,
lorsque, occasionnellement, on tombe sur un contre-exemple.
"Machin" est l'un des rares princes consorts du français, masculin
clandestin et douteux, grandi dans l'ombre de sa compagne, la
machine. Alors que la machine illumine le génie inventif de
l'homme, le machin sert de béquille à sa mémoire défaillante, ou
d'instrument à son dédain. C'est en effet un mot à tout faire qui
désigne d'abord ce dont on ne connaît pas le nom, voire ce qui n'a
pas de nom. Pas de nom ? Le français serait-il si pauvre qu'il
laisse ainsi des objets sans nom ? Ce n'est pas vraiment ça, mais
parfois, les objets techniques ont des noms techniques, qui
échappent au langage standard, et qui ont été inventés par les
spécialistes. Ainsi, tous les français d'un certain âge ont-ils
connu le machin pour 45 tours (le centreur). Ou encore, le machin
en chrome qu'on refixe sur la roue, après qu'on ait crevé
(l'enjoliveur). Ce même machin pour accrocher son manteau au clou
(la patte).

Rien de plus beau que la précision lexicale, soit ! Mais en cas de
panne de neurone, le machin sait être un joker pratique.
Pratique, mais familier, ne l'oublions jamais. Et si vous vous
trouvez dans le cas de dire : "J'ai été au bal avec Machin",
prenez garde que Machin ne soit pas trop près de vous.

Un mot sur "truc", mais juste un mot parce qu'en fait, c'est
pareil. A cette différence que truc a un premier sens qui n'a rien
de familier. Il évoque d'abord un coup d'adresse, puis une ruse
(en ancien français). Puis c'est la mise en oeuvre d'une illusion,
d'un tour de passe-passe (encore maintenant et le dérivé trucage
appartient en propre au monde du cinéma). Enfin, c'est le machin.
Notez que dans un effet intensif, on peut combiner les deux mots,
voire davantage : l'espèce de machin truc pour couper les frites.
Et la familiarité s'intensifie du même coup.

Et puis un mot (mais tout petit celui-là) sur "bidule", le
benjamin qui n'apparaît qu'après la guerre, et qui, s'il faut
raffiner les niveaux de langue, paraît encore un peu plus
familier. Il a donné récemment "bidouille" = bricolage ingénieux,
souvent informatique. Mais surtout, il est pour quelque chose dans
la naissance de "bittoniau" (bien sûr croisé avec bite), qui peut
s'employer un peu à toutes les sauces, mais qui a deux référents
consacrés : celui qui verrouille une portière de voiture quand on
le baisse, et surtout le bittoniau de la cocotte-minute.


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