LE TEMPS, LA GAZETTE, LE MIROIR DU CYCLISME

Par: (pas credité)


"Heureux Suisses, qui lisez à travers vos verres neutres,
Un nouveau messager va salir vos doigts blancs
D'une encre indélébile aux émois éphémères :
Le Temps, le Temps qui fuit, fleurit à tous vos kiosques
Renouvelant ainsi le Journal de Genève
Qu'on a fusionné au Nouveau Quotidien".

C'est en effet la nouvelle du jour, et les chefs plumitifs helvètes
viennent là d'accoucher d'un titre particulièrement original. C'est une
chose importante que le titre d'un journal, et - question d'époque, de
style et de lectorat - l'originalité à tout crin (Hara-Kiri) n'est pas
forcément meilleure que le passe-muraille chic : "Le Temps" en est un bon
exemple. C'était d'ailleurs le nom d'un quotidien de référence en France,
de 1829 à la Seconde Guerre Mondiale. Et Le Times en Angleterre est encore
un pilier de l'Establishment. "Le Monde ", qui dans sa formule
quotidienne, encore actuelle, a succédé au Temps, est l'autre grand exemple
de ces titres très neutres et très généraux. (Et lui aussi a des homologues
: cf. Die Welt). Il n'empêche : derrière leur généralité et leur modestie
apparente, ces journaux se veulent le reflet de la réalité la plus globale.
Au quotidien, ils rivalisent avec la création. Mais avec l'habitude, on n'y
fait plus attention et on achète sans sourcilier L'Humanité ou L'Univers.

Mais les titres des journaux ont souvent des origines savoureuses. La
Gazette, par exemple, un mot qu'on comprend encore, qu'on utilise parfois
même s'il fait un peu vieillot. La Gazette vient du nom d'une pièce de
monnaie vénitienne (gazeta), prix d'un des premiers journaux réguliers, une
feuille d'information italienne, dans la deuxième moitié du XVIème siècle.
En 1609, un périodique français prend ce titre et le 30 mai 1631 paraît le
premier numéro de "La Gazette ", de Théophraste Renaudot, ancêtre de la
presse française.

Quant au "Figaro", c'est à la verve revendicative du personnage de
Beaumarchais qu'il doit son titre : le barbier a le verbe haut, et dit son
fait au Comte. D'ailleurs, "sans la liberté de blâmer, il n'est point
d'éloges flatteurs".

Il faut encore évoquer deux tendances anciennes dans les titres des
journaux. Comme la presse a pour vocation première de donner des nouvelles,
beaucoup de publications ont utilisé la métaphore du Courrier : Le Courrier
International, Le Messager Européen, Le Télégramme de Brest, L'Express, Le
Clairon (Et en anglais, c'est pareil : The Daily Mail, The Telegraph, The
Washington Post).

Enfin, dernière tendance, mais elle semble un peu vieillie ; l'utilisation de
l'image du reflet visuel ou du ricochet sonore. Ce qui donne par exemple Les
Echos (l'une des formules qui fut les plus prisées : cf. Le Petit Echo de la
Mode. Cela avait même donné naissance à une spécialité journalistique :
L'Echotier). Ou, sur le plan de l'image, Le Miroir, qui fut l'apanage de la
presse sportive de l'après-guerre : Le Miroir de Sports, Le Miroir du
Cyclisme, Le Miroir du Football.


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