IMPROVISATION

Par: (pas credité)


Pendant tout le week-end, l'improvisation est à l'honneur, à
Montreuil en particulier, avec les Rencontres Européennes de
musiques improvisées (9-13 avril), mais aussi au Festival du Mans.
Bref, "ce soir, on improvise...". C'est le titre d'une pièce de
Pirandello, ce qui montre bien que le mot est lié au monde du
spectacle, spécialement au théâtre et à la musique. Improviser,
c'est donc jouer un texte ou une musique qu'on invente au fur et à
mesure qu'on l'exprime, et non pas interpréter un texte ou une
partition élaborés au préalable, donc écrits et prévus.

Le mot est emprunté à l'italien - ça ne nous surprendra pas pour
un mot dont le premier emploi est lié à la musique, et on
l'emploie encore beaucoup dans le jazz et les musiques
traditionnelles (qu'on appelle parfois non écrites : c'est-à-dire
si l'improvisation en est l'élément principal). Mais
l'improvisation a très souvent été liée à ce qu'on appelle la
musique classique (dans les cadences par exemple - mais
souvenons-nous aussi d'une époque où les prouesses de
l'improvisateur étaient saluées comme les marques de son talent).

Attention, on n'improvise pas dans une liberté totale, au
contraire : on doit respecter des contraintes fortes, harmoniques,
rythmiques ou autres. Au théâtre, c'est un peu la même chose, et
on prendra comme exemple la plus illustre des traditions
d'improvisation : la Commedia dell'arte. Les acteurs inventent les
dialogues en suivant une intrigue et une succession de scènes
prévues à l'avance. (On remarquera que cette liberté a pour
corollaire des conventions plus fortes qu'ailleurs : masques,
personnages, attitudes, etc.).

Par extension, improviser signifie organiser quelque chose qui
n'avait pas été prémédité : improviser une fête, un pique-nique…


C'est à mettre en rapport avec l'expression "à l'improviste".
Elle est figée (on ne parle pas d'"improviste" tout court), et
s'emploie spécialement à propos d'une visite, d'une arrivée. On
accentue le fait qu'on n'est pas attendu, qu'on surprend
quelqu'un, souvent à un moment où il n'aurait pas souhaité l'être
("l'inspecteur du travail est arrivé à l'improviste").

Autre mot à mettre en rapport avec tout ça : impromptu, souvent
prononcé improntu (on considère d'ailleurs que c'est la
prononciation la plus correcte). Malgré une certaine parenté de
sens, et de son, l'origine est toute différente d'improviser :
c'est un emprunt savant au latin "in promptu" (= sous les yeux,
sous la main, c'est-à-dire c'est tout prêt en un clin d'oeil). Le
mot, assez rare et littéraire, s'utilise comme adverbe, ou comme
adjectif, avec un sens qui se situe à mi-distance d'improvisé et
d'imprévu ("une déclaration faite impromptu par le ministre").
Mais le mot est aussi un substantif, en littérature et en musique,
qui désigne une petite pièce, enlevée et peu prétentieuse, censée
avoir été écrite très vite, pour une circonstance particulière,
suite à une invite, à une commande, à un caprice (Molière :
l'impromptu de Versailles et Giraudoux, bien sûr, ce qui montre
bien une certaine préciosité du mot au 20ème siècle). En musique,
on n'a qu'à penser à Chopin, ça ne peut pas faire de mal.


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