RELIQUES

Par: (pas credité)


Est-il bien saint, ce suaire ? Il en faudrait des conciles pour trancher
la question ? Mais est-ce bien nécessaire ? Encore heureux qu'on n'en soit
pas sûr ! S'il fallait la certitude de la science pour valider la certitude
de la foi, cette dernière ne vaudrait pas cher. De toute façon, le
dictionnaire (cette bible des temps modernes) est là pour nous le dire : on
appelle saint suaire le linceul dans lequel Jésus-Christ a été enseveli ou
sa représentation. Donc, pas d'équivoque : ce suaire est bien saint,
puisqu'on le dit.

Suaire est en tout cas synonyme très littéraire de linceul (drap qui
enveloppe le corps d'un mort), et ce mot est presque toujours employé dans
son sens religieux. Il est de la famille de suer (sudare en latin), mais
cette origine n'est plus trop perçue.
Ce suaire fait partie des quelques reliques mythiques, liées à la mort du
Christ (couronne d'épines, graal qui recueillit le sang de sa blessure,
fragment de la vraie croix…)

Reliques, c'est-à-dire restes : c'est le sens étymologique, calque de (
reliquiae en latin).
Le sens est transparent, du fait qu'en français, nous avons un autre mot,
laïque, de même famille : reliquat, dont le sens est plutôt comptable : ce
qui reste à payer.
Les reliques sont donc ce qui reste des personnages les plus saints après
leur mort, censées porter avec elles un écho de la sainteté ou de la
divinité de leur titulaire. Et la foi populaire, pas bégueule, jette son
dévolu sur la moindre trace ne dédaignant pas les minimes débris, les
fragments les plus infimes : main, dent, os etc, avec parfois une extension
jusqu'à l'oripeau (triare, mitre, crosse). Ainsi l'explique clairement le
sens étendu et laïcisé : d'une personne disparue, d'une période révolue, on
peut garder comme une relique une photo, un objet familier et représentatif
(vêtement, lunettes, chapeau de Napoléon, pinceau de Monet).

Les reliques religieuses, offertes à l'adoration des fidèles (on s'en
servait aussi parfois pour jurer sur des reliques, ce qui donnait une
sacrée dimension au serment qu'on avait fait) sont souvent présentées dans
un reliquaire, c'est-à-dire un coffret qui les renferme. Châsse est de même
origine que caisse, mais a toujours désigné un coffret précieux, ce
qu'attestent des expressions oubliées aujourd'hui, comme paré comme une
châsse, doré comme une châsse (ironique en général à propos de quelqu'un
trop richement vêtu).

Pour en finir avec cette série, on n'aura garde d'oublier la délicieuse
expression " en odeur de sainteté ". La légende voulait, en effet, que les
corps de saints ne pourrissent pas, et par conséquent ne dégageassent pas
l'odeur nauséabonde du cadavre moyen. Des esprits casuistes prétendaient
même que certains restes de saints particulièrement distingués pouvaient
exhaler un parfum de roses ou quelque chose d'approchant : on la tient,
notre odeur de sainteté.

Etre en odeur de sainteté veut donc dire en état de perfection spirituelle,
mais plaisamment, on utilise l'expression pour signifier : bien en cour
auprès des puissants, dans les petits papiers du patron. Mais, plus
fréquemment encore, on emploie la locution à la négative : ne pas être en
odeur de sainteté, c'est être mal vu dans les cercles du pouvoir, être plus
ou moins en disgrâce.


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