METISSE

Par: (pas credité)


Le festival Musiques métisses d'Angoulême, vient à peine de s'achever (jazz,
musiques de l'Océan Indien, d'Afrique, du pourtour de la Méditerranée, etc.),
et voilà que surgit Fenêtre au Sud, au Théâtre des Arts de Cergy-Pontoise,
un autre festival qui présente des musiques métisses, ou métissées. Ça
suffit à prouver la vitalité et la vogue qui porte actuellement ce mot de
métisse.

Revenons aux origines : un métis commence par être un personne dont les
deux parents sont de races différentes. De race ? Je vous vois hausser le
sourcil. C'est que le mot race renvoie à une réalité bien floue, et qu'il a
été souvent utilisé à des fins infâmes. Mais le sens le plus général fait
référence à celui dont les parents sont d'une couleur de peau différente,
et même contrastée, l'enfant métis étant plus foncé que l'un et plus clair
que l'autre. L'adjectif métis préexiste à ce sens. On le trouve en français
dès le XIIIème siècle, et il vient du latin mixticius. Il est donc de la même
famille que mixte, et s'applique à l'origine à des choses dont la nature
est double : une toile métisse est tissée avec deux fils de nature
différente, un fer métis est un alliage de deux métaux. De même, on parle
d'animaux métis, quand ils sont issus d'un croisement, comme le mulet.

Après les découvertes, et la colonisation de l'Amérique du sud, le mot sera
investi d'un sens différent, venu du portugais, de la réalité du Brésil et
d'une pratique coloniale qui s'apparente de loin au droit de cuissage : le
métis a une mère indienne et un père blanc. Le mot, au départ, n'est pas
injurieux, mais il est né dans une situation de colonisation où c'est
l'homme blanc qui commande, nomme, et s'affiche comme supérieur, dans la
mesure même où il domine. De ce fait, le mot devient péjoratif. Comme son
synonyme sang-mêlé par exemple, qui n'est plus utilisé aujourd'hui et pour
lequel l'idée de mixité se mêle de celle d'impureté (mêlé) L'idéologie
raciste, plus ou moins dure, perce ici, et le mélange est facilement
assimilé à la dégénérescence qui inquiète. Car la "race" du colon est en
cause autant que celle du colonisé. Mulâtre est un troisième synonyme, qui
nous vient comme métis du portugais, par le détour de l'espagnol. Et le mot
remonte à la racine mule/mulet, ces animaux dont on vient de voir qu'ils
étaient métis. A l'origine, on faisait une différence entre mulâtres et
métis/ les mulâtres sont issus d'un couple noir/blanc, ou noir/indien,
alors que le mot métis semble réservé à l'enfant d'un couple
indien/européen.

Aujourd'hui, métis est le seul mot de cette série qui ait acquis un sens
figuré, et en ce moment très positive. On parle de métissage, en ce qui
concerne en particulier les brassages de population et les mélanges
culturels, et en particulier, la mode de la world music, qui s'inspire
de musiques traditionnelles très diverses, tout en intégrant des
technologies de jeu, d'instrument, et d'enregistrement très modernes, met
cette idée à l'honneur, avec l'idée positive que le métissage fait naître
un sang neuf. Une remarque de langue, et même de grammaire pour finir :
l'adjectif métis, et ses dérives ont pris le pas sur le nom, au point que
l'orthographe même du mot est mise à mal : on parle du XXIème siècle comme
d'un siècle métisse - et non d'un siècle métis.


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