FORS

Par: (pas credité)


On le disait hier, on honore les saltimbanques et les forains, alors que
des siècles durant, ils furent méprisés, mis à l'écart, et enterrés hors de
l'Eglise – donc du Salut. Cette éviction, ils la portent dans leur nom
même, puisque le forain, c'est étymologiquement celui qui est au dehors,
l'étranger. Souvent, au moyen-âge, les marchands étaient ambulants, donc
étrangers, ce qui explique cette signification. Profitons-en pour tordre
rapidement le cou à certaines fausses pistes : forain n'a rien à voir avec
foire (du moins, à l'origine – mais depuis le temps qu'ils ont partie liée,
ils sont cousins par alliance), car foire vient de feria (jour férié). Et
forain n'a rien à voir non plus avec forum (prétendue Place du Marché).

Dans tous les cas, la préposition fors ( = "hors de" en ancien français :
"tout est perdu fors l'honneur" écrivait François 1er à sa mère après
le désastre de Pavie) suggère une idée d'extériorité, parfois géographique,
mais le plus souvent morale. Jusqu'au faubourg (forsbourgs, construit hors
les murs, de l'autre côté de l'enceinte de la ville) qui avaient mauvaise
réputation.

Autres dérivés à partir de fors, le forcené, c'est-à-dire le "fors sené",
littéralement celui qui est hors du sens commun, qui a perdu la raison, et
qui donc est dans un état de folie. Le sens actuel renvoie presque
uniquement à celui qui, retranché, barricadé, seul contre tous, a pris des
otages, et défie le monde entier.

Et pour le forfait, c'est pareil, puisque le mot dérive du principe
forfaitaire, c'est-à-dire commettre une action en dehors de la morale.
Aujourd'hui, le mot plutôt littéraire, s'emploie toujours pour des actions
graves. (Attention, rien à voir avec le forfait qui renvoie à un prix
convenu à l'avance).


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