SALTIMBANQUES ET COMPAGNIE

Par: (pas credité)


Un spectacle musical burlesque se donne à La Villette, sur le thème : Saltimbanques et musiciens ? Les musiciens, on les connaît ; mais les saltimbanques ? Ce sont depuis le XVIIème siècle des amuseurs, bateleurs et foire et artistes de rue qui tiennent le milieu entre le cirque et le théâtre - de ceux que le petit Poquelin (futur Molière) allait voir avec son père sur le Pont-Neuf. Ils venaient d'Italie, comme leur nom - saltimbanque, c'est-à-dire celui qui saute sur le banc - et le banc, c'est en l'occurrence l'estrade. Ces batteurs d'estrade, toujours réunis dans une réprobation/fascination générale, on ne les nommait pas vraiment : on les surnommait, de façon plus ou moins grotesque, conformément à leur personnage, dont ils prenaient en général le nom : Bobèche, Paillasse, Gracieux, Marassin, Pasquin, Queue-rouge, Trivelin, Zanni, etc. Certains de ces noms ont une histoire : Paillasse portait à l'origine un habit jaune paille, Zanni est un diminutif de Giovanni, Bobèche avait une face de lune (son vrai nom était Mandelard).

Ce qui nous reste de ces histrions, c'est en général leur caractère outré et gesticulatoire, ce qui explique que leur nom soit souvent utilisé en mauvaise part, pour désigner quelqu'un dont le comportement frôle ce genre d'exagération. Un autre nom nous vient de l'italien avec un sens voisin et une histoire étymologique bien particulière : c'est bouffon, qui vient de buffone. Au départ, c'est aussi un sobriquet, lié au caractère rondouillard du bonhomme : petit, bossu, difforme. Et ce nom est de ceux qui mettent en perspective l'illustrissime théorie de l'arbitraire du signe. En effet, le mot vient d'un pléonasme expressif, puisque la syllabe bouff- évoque souvent les joues gonflées, à cause de sa prononciation. C'est peut-être ce genre de formations expressives, d'ailleurs, qui a abouti à d'autres mots comme bouffer ou bouffi…

On notera aussi en passant l'étrange destin de ce mot qui, dans l'argot des jeunes, est aujourd'hui une sévère insulte, et l'expression du plus profond mépris : " Chelaoim fonbou ". Tout ce petit monde des gens du voyage nous a donné encore une expression savoureuse dont le sens remonte, semble-t-il, au Moyen Age : payer en monnaie de singe qui signifie en français moderne et courant, payer en fausse monnaie, et même parfois, ne pas payer du tout, en tout cas s'arranger pour gruger la partie adverse dans un marché. Pourtant, à l'origine, cette monnaie de singe était équitable : il s'agissait, pour acquitter les droits de passage à un octroi (barrière de ville ou de province) de faire se produire ses animaux savants (ses singes éventuellement), pour le plaisir du gardien du péage. Et toute la troupe passait ensuite, ayant payé en monnaie de singe.


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