LES BAS-FONDS

Par: (pas credité)


"Les bas-fonds". C'est le titre d'une pièce de Maxime Gorki, montée
actuellement par Serge Sandor au Théâtre National de Chaillot, avec une
équipe de sans-logis et d'exclus, qui feront passer dans ce texte le
souffle de leur propre expérience.

Ce nom de bas-fonds évoque le milieu social le plus pauvre, non pas d'une
façon neutre, mais en évoquant de façon vaguement réprobatrice, avec un
rien d'appréhension, les couches les plus misérables de la société. On
pense la plupart du temps à une pauvreté urbaine et grouillante, qui
entraîne à la fois de l'illégalité et de l'immortalité. On est donc
au-dessous du niveau de la loi et de la morale, comme si pauvreté
entraînait vice et crime.

Cette expression de bas-fonds est fortement connotée de morale.
Elle date de 1840 environ, et on la trouve d'abord sous
la plume de Balzac, dont on sait qu'il était fasciné par toutes les vies
sociales marginales, par l'évolution d'une société souterraine, invisible
du bourgeois, dangereuse et camouflée.

Tout le monde romanesque du XIXème a d'ailleurs eu une passion pour
ces lieux mystérieux. Victor Hugo, dans "Notre Dame de Paris" nous présente,
par exemple, la Cour des miracles, ce repaire de truands médiéval où tout
est possible. Cour, car on désignait ainsi une impasse, une ruelle où parfois un
lacis de ruelles. Miracles, car c'était, prétend-on, le lieu où les faux infirmes
retrouvaient l'usage de leurs membres, les aveugles celui de leurs yeux, etc.
Toutefois, cette expression indique, plus encore que les bas-fonds, un monde
organisé, avec son Roi d'Argot, ses codes, ses lois, ses rituels…

Les bas-fonds présentent une dérive livrée à un déterminisme de hasard.
L'image du bas est traditionnelle dans ce sens. Le haut, c'est le monde du
riche, du puissant, le haut du pavé. Le bas est vulgaire, le méprisable,
l'inculte (cf. le bas langage) qu'on retrouve dans les locutions telles que
les bas quartiers, le cul de basse fosse, et dont l'image est encore
présente dans le ruisseau. Tout le vocabulaire de la voirie dans sa
présentation la plus concrète, qui induit la fange et l'ordure, participe
d'ailleurs de la même imagerie. (Avec une mention particulière pour le
trottoir, jadis piste surélevée - pour faire trotter les chevaux - mais
dont la fonction péripatéticienne a ruiné les aspirations à la
reconnaissance sociale).


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