EPARGNE

Par: (pas credité)


Des salons, il en faut pour tout, ainsi en voit-on un, en ce moment, de
l'épargne. Courons-y, nous épargnerons mieux, peut-être.
Le mot est rigolo, sinon la chose ; et son sens premier est guerrier et
clément : épargner un ennemi, c'est le laisser vivre, lui laisser la vie
sauve. Epargner son argent consisterait donc à ne pas le tuer tout de
suite, le laisser vivre (et peut-être croître…?), et faire une réserve en
pensant à l'avenir. En tout cas, une semblable évolution se rencontre en
anglais, par exemple, avec save, savings.

L'image de l'épargne est le contraire de l'audace, et fait plutôt penser à
une attitude timorée, qui ne dépense pas tout, ne consomme pas trop, garde
au cas où… Ce n'est pas l'avarice, mais un premier pas peut-être. Ce qui
explique l'écho un peu mesquin que peut parfois avoir l'épargne : vertu,
petite bourgeoise de prudence ; pratique lente et graduelle, frileuse et
peu gratifiante.

Pourtant, l'idée s'est répandue que l'épargne était bonne, et à côté de la
"petite épargne", qui évoque le repli sur soi, l'égoïsme chichiteux et la
méfiance de l'autre, on a un certain nombre d'expressions qui montrent bien
que cette idée d'épargne est passée dans les mœurs : compte-épargne,
épargne-logement. Jusqu'aux fameuses Caisses d'Epargne, dont le totem
fétiche, - l'écureuil - montre bien le côté sympathique et positif - plus
en tout cas que la fourmi.

De toute façon, l'habitude de l'épargne n'a pas gommé du langage un certain
nombre de locutions plus ou moins péjoratives ou moqueuses, qui renvoient à
cette pratique. La plus neutre : les économies. Au pluriel, ce nom a le
même sens qu'épargne, c'est-à-dire l'argent qu'on n'a pas dépensé - de même
qu'économiser a le même sens qu'épargner. Citons la variante argotique et
amusante : éconocroque qui n'est pas sans évoquer les croquants (les
paysans ; le racisme anti-rural a repointé le bout de son nez).

Quelques expressions plus pittoresques maintenant : mettre de l'argent de
côté. C'est plus actif et délibéré qu'avoir de l'argent devant soi ; et cet
argent est plus clairement destiné à n'être pas touché. Mettre de l'argent
de côté, c'est aussi en mettre à gauche (à gauche symbolisant une possible
cachette). On évoquera du même coup la pelote (image de la pelote de neige,
ou de laine, c'est-à-dire de la boule qui grossit petit à petit), le bas de
laine ou le matelas (cachettes proverbiales) où l'on peut serrer ses
réserves.


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