PORTABLE

Par: (pas credité)


A partir du 24 novembre, s'ouvre le salon des meubles et des
télécommunications. C'est un bon prétexte, mais en avions-nous même besoin,
pour nous placer dans le sillage du navire fou de la téléphonie. Ne glosons
pas cette folie et contentons-nous de voir comment elle se nomme - ou
plutôt, puisqu'on est au bout du fil, comment elle s'appelle. La folie, ces
derniers temps, se porte sur les portables. Ainsi, appelle-t-on les
téléphones individuels, sans fil, qu'on peut emporter avec soi, dans la
poche ou le sac, et qui perturbent jusqu'au plus doux des entretiens…
Leur particularité principale est de ne pas être attachés au réseau
téléphonique par un fil. Pourquoi alors ne les avoir pas appelés "sans fil" ?

Deux raisons :
D'abord le "sans fil" a un passé, et renvoie à un mode de communication
totalement différent ; c'est la radio, qu'on appelait naguère par ses
initiales : TSF (= télégraphie sans fil). Et même, on appelait des
sans-filistes ceux qui s'essayaient aux liaisons radio amateur.
Mais le "sans fil" a un passé infiniment plus récent : celui des téléphones
qu'on peut dissocier d'un socle téléphonique relié au réseau, et qui ont
une autonomie de quelques mètres : on peut ainsi parler à son patron, à sa
mère, à son ami de cœur tout en se livrant à diverses tâches ménagères, ce
qui évite de perdre totalement son temps (l'aspirateur est déconseillé).

Alors, puisque ce téléphone individuel ne peut s'appeler "sans fil", que lui
reste-t-il ? Il y a eu un ballon d'essai autour de téléphone "cellulaire",
mais qui n'a pas pris. On parle plus souvent de téléphone "mobile", ou
simplement de "mobile". Le terme et l'image sont clairs, et c'est
probablement sous l'influence de l'anglais qu'on a recours à ce mot…

Pourtant, le terme le plus courant, et de loin, en français, est "portable".
On peut remarquer qu'on a là également affaire à un anglicisme, alors
que le mot "portable" n'est pas le plus répandu en anglais pour désigner un
téléphone individuel. Mais, c'est que les anglicismes ont leur vie à eux.
Remontons au XVème siècle pour y voir plus clair. C'est à cette époque que
l'anglais emprunte au français le mot "portable" = qui peut être porté,
transporté. En anglais, le mot connaît une fortune qu'il n'a pas en France,
et signifie à peu près démontable, amovible : tout ce qui n'est pas
définitivement fixe ; "a portable building" est un bâtiment démontable.
Pendant tout ce temps, le mot "portable" sommeille dans le vocabulaire
Français ; mais au milieu du siècle, la naissance timide de ce qu'on
appellera plus tard la bureautique lui donne un nouveau dynamisme : machine
à écrire portable (on dit aussi de voyage - c'est l'époque chic de
l'Hermès baby). Puis, il y a une dizaine d'années, informatique portable.
Le mot est d'abord en concurrence avec son frère "portatif" ("sur ma
Remington portative, j'écris ton nom Laetitia"…). Avec toutefois une nuance :
"portatif" s'emploie plus volontiers pour des objets encore plus petits
(notamment, en ce qui a concerné les téléviseurs). Mais avec les téléphones,
"portatif" a été radicalement évincé.


Go à la page principale d'archives