ENCEINTE

Par: (pas credité)


Le Salon de la femme enceinte, de la jeune maman et de l'enfant de moins de
cinq ans ratisse large avec son titre de trois kilomètres. Cet événement est
l'occasion de parler de la femme enceinte.
Quelles sont les diverses façons détournées de la nommer ?

Comme tout ce qui a trait à la sexualité ou à la génération, le fait est
volontiers désigné par des expressions, soit détournées, soit plaisantes.
"Attendre un heureux événement" est un euphémisme rose layette, au sens
propre, "cucul la praline".
Etre dans une position intéressante implique un léger sourire, entendu,
mystérieux et un rien salace.

"Avoir un polichinelle dans le tiroir" est un peu vulgaire et un peu
méprisant, mais l'image est amusante. Elle évoque ces poupées ébouriffées
qu'un ressort fait sortir d'un coup de la boîte où elles sont cachées et
s'emploie, en général, quand la grossesse elle-même est une surprise, ou tout
au moins, lorsqu'elle n'est pas officielle - mariages précipités, ou
entretiens d'embauches.

Mais, bien sûr, le mot standard est l'adjectif "enceinte", qui vient du latin
incicta = entourée. Le mot apparaît dès le XIIe siècle, c'est-à-dire avant
que n'existe en français l'homonyme (ville) enceinte. Le sens physiologique
du mot ne dérive donc pas de son emploi architectural.

"Enceinte", étrangement, a bien peu de dérivés : pas de substantif :
enceinteté n'existe pas. Quant au verbe "enceinter", (rendre enceinte), il a
existé en français, mais est totalement sorti d'usage, du moins en France
puisqu'il est relativement courant en Afrique.

Bien qu'"enceinte" soit, on l'a vu, un mot ancien, son emploi a beaucoup
progressé en français moderne, où il a plus ou moins remplacé "grosse", jugé
inélégant. On l'emploie encore pour des animaux, en concurrence avec
"pleine".

Par contre, "grossesse" est un mot tout à fait neutre pour désigner le fait
d'être enceinte, et l'image ne choque pas. Cela s'explique, en partie du
fait, que le nom est un dérivé spécifique de "gros" qui se distingue de
"grosseur".

Quant à "engrosser", son existence est indéniable mais le mot est
particulièrement vulgaire et brutal, macho et mécaniste, dans le sens
"rendre enceinte". Pourtant, en ancien français "engrosser" s'employait sans
complément et en parlant d'une femme : "elle engrosse" voulait dire "elle
s'arrondit".


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